Stabilité quoi qu’il en coûte !
« Stabilité, que de crimes on commet en ton nom ! ». Un économiste déprimé par ce qui vient de se passer à l’Assemblée, pourrait reprendre à son compte la célèbre citation de Madame Roland montant à l’échafaud. Elle parlait de la liberté mais cela vaut pour la stabilité, tant la victoire sur le fil de Sébastien Lecornu est assortie de concessions multiples à la gauche, à la droite et au centre, qui sont autant de crimes contre l’orthodoxie budgétaire que la situation désastreuse de nos finances devrait imposer.
Alors que tout commande de réduire les dépenses et de s’interdire des impôts nouveaux, de faire des efforts et de modérer nos exigences, de convaincre les retraités les plus aisés de participer à l’oeuvre commune pour le redressement, le Premier ministre a dû multiplier les reculs pour s’attirer un majorité ric-rac à l’heure où Yaël Braun-Pivet (photo) a annoncé le résultat. 247 pour, 234 contre.
Dans cet ensemble très disparate de compromis multiples, c’est la suspension de la réforme des retraites et la nouvelle augmentation des dépenses de santé (+ 3%) qui constituent les renoncements les plus coûteux pour l’avenir de nos finances publiques, à l’heure où nos voisins ne pensent qu’à reculer l’âge de la retraite (jusqu’à 70 ans au Danemark) et à anticiper le poids du vieillissement sur leurs dépenses de santé.
2027. Comme Mitterrand en 1981
Tout cela n’est que provisoire. Le retour de balancier sera brutal après l’élection présidentielle de 2027. Le vainqueur, quel qu’il soit, sera accueilli par la finance internationale et nos voisins européens à peu près comme Mitterrand en 1981. La pression sera terrible pour nous obliger à revenir au plus vite à la raison et les retraites seront en première ligne. Quel que soit le modèle choisi (âge ou à points), il devra reposer sur l’injonction impérative du « travailler plus longtemps » car il n’y aura pas d’autre alternative pour réduire au plus vite nos dépenses.
Encore faudra-t-il arriver jusqu’en 2027 à peu près en bon état. Fort heureusement, au beau milieu de notre crise politique, l’économie française fait preuve d’une salutaire résilience. Le taux de croissance de 0,5 % au troisième trimestre a surpris tout le monde, l’accord que viennent de signer Renault et Ford pour la construction de nouveaux modèles en France constitue une belle éclaircie dans la morosité ambiante du secteur automobile et le marché de l’immobilier commence à reprendre des couleurs, lui dont la crise a fait perdre bien des milliards de rentrées fiscales ces dernières années.
Et puis bien sûr, il faut espérer que le pays recueillera les fruits de la stabilité politique dans le domaine qui pêche le plus en France actuellement : la consommation. Nous épargnons beaucoup trop par crainte de l’avenir. Cette performance de Sébastien Lecornu, car c’en est une, va peut-être contribuer à enlever quelques oursins de nos poches.