Le loup végétarien et l’IA carnivore
Va-t-elle atteindre le milliard de vues ? Vendredi 12 décembre, selon son créateur, cette pub d’Intermarché avait déjà été vue 600 millions de fois, devenant un véritable phénomène planétaire. Elle dure environ deux minutes trente, dont la plus grande partie en un dessin animé racontant une histoire que ni les frères Grimm, ni La Fontaine, ni Walt Disney n’avaient imaginée. Celle d’un loup décidant de devenir végétarien pour pouvoir partager le Réveillon de Noël avec tous les animaux de la forêt, sans qu’ils se carapatent tous à sa seule apparition. Avec un message subliminal : « On a tous une bonne raison de commencer à manger mieux ».
Ce film d’animation est un petit bijou d’intelligence, de délicatesse et la forêt se pare de tant de bons sentiments que des millions de Terriens ont versé une larme, comme pour Bambi soudain orphelin de sa mère. Des bons sentiments, voilà la recette. La planète Terre en a vraiment besoin par les temps qui courent, et c’est probablement la première explication à cet OVNI médiatique. A méditer pour tous ceux qui ne nous imposent que des histoires sinistres alors que la foule sentimentale a tant besoin de légèreté en ce moment.
IA : le grand mêchant loup
La seconde explication, c’est que ce petit chef d’œuvre relevant plus de l’artisanat que de l’industrie, a été entièrement réalisé par des humains et pas par des robots. Par de vrais scénaristes et de vrais dessinateurs. Et que ce loup végétarien a soudain pointé le nez dans une jungle mondiale où l’intelligence artificielle (IA) terrorise tout le monde actuellement. C’est elle, le grand mêchant loup. A tel point cannibale que des compagnies mondiales comme Coca ou Mc Do l’ont choisie cette année pour leurs campagnes publicitaires. Tout l’inverse de cette publicité française signée Illogic studio. Alors à travers le monde, c’est par des millions de pieds de nez à ces multinationales qu’a été saluée cette victoire du cerveau sur la machine, des neurones sur l’électronique, de l’humain sur la robotique.
En France, ce succès claque d’autant plus qu’au même moment, à Los Angelès, le jeu français « Clair obscur », lui aussi d’essence artisanale, a remporté le titre de meilleur jeu vidéo mondial de l’année, en raflant neuf des onze awards mis en jeu ? Du jamais vu. Un doublé historique pour la créativité française et les studios de l’Hexagone.
En français dans le texte
Mais la satisfaction vient aussi de l’usage exclusif de la langue française pour ce loup végétarien, en paroles comme en textes affichés. Là aussi, un pied de nez aux publicitaires qui nous imposent des pubs avec des slogans anglais parfois totalement abscons. Et des musiques anglo-saxonnes à la pelle. Ici, c’est une vieille chanson française de Claude François, la bien nommée « Je suis le mal aimé » qui accompagne le cheminement du loup. Et bien sûr, c’est par milliers aussi que se comptent les connexions pour en savoir plus sur cette chanson française et son auteur.
S’ils poussent un peu leurs recherches, les internautes du monde entier apprendront que Claude François est aussi l’interprète d’une chanson qui fit une carrière modeste en France avant d’exploser sur toute la planète. Elle s’appelait « Comme d’habitude » et son destin est tout à fait similaire au succès planétaire de cette pub d’Intermarché. Elle devint « My way ». Mais qui, à l’origine, aurait pu penser qu’elle deviendrait la seconde chanson la plus enregistrée dans le monde, après « Yesterday » des Beatles ?