Crise agricole. Bons baisers de Russie
Si vous voulez mettre la France à l’arrêt, soulevez les campagnes ! Dans les officines moscovites orchestrant la guerre hybride que nous livre la Russie, ce genre d’enseignement doit constituer la base de la planification contre le pays des Gaulois réfractaires. Et maintenant que l’on sait jusqu’où va ce combat de l’ombre, comment ne pas voir aussi la main de Moscou dans la crise qui secoue nos campagnes ? Comment ne pas imaginer les algorithmes de Poutine and co tournant à plein régime dans ces dizaines de milliers de messages hostiles et haineux, allant jusqu’à des appels à mettre le feu à des cliniques vétérinaires, à menacer des mort des vétérinaires où à les harceler jour et nuit.
Certes, du côté de la Coordination rurale, on ne fait jamais dans la dentelle. Des conflits récents ont montré jusqu’où ce syndicat agricole peut aller dans la radicalisation du mouvement et des actions sur le terrain. Mais là soudaine flambée de haine sur le web semble porter la signature des trolls russes dont on se demande s’ils n’ont pas aussi oeuvré dans la récente élection, sous tension, à la tête de la Coordination. C’est la branche la plus dure, menée par le nouveau président, Bertrand Venteau, qui l’a emporté sur celle de la Bretonne, Véronique Le Floc’h, présidente sortante de ce syndicat proche du RN et soutenu par les médias du groupe Bolloré. La Une du JDD dimanche et le dossier sur le sujet relevait bien plus du pousse au crime que de l’appel à la modération.
Le talon d’Achille français
Pour les Russes ou d’autres éventuelles ingérences étrangères, il est maintenant encore plus facile d’agir sur les réseaux que de poser des Etoiles de David sur le mur d’une synagogue ou des mains rouges sur le Mémorial de la Shoah pour exciter la haine entre juifs et musulmans. Et les campagnes agricoles, c’est du gâteau tant le terreau est inflammable et les actions toujours spectaculaires. Du biscuit pour les petits fonctionnaires moscovites de la Direction des opérations extérieures.
Avec le poids de son agriculture, la France a un talon d’Achille plus fragile qu’il ne l’a jamais été. Il est si aisé maintenant de la faire monter en pression en posant des mines sur les réseaux sociaux quand une crise agricole pointe son nez. Et si facile de jouer sur le blocage de certaines productions. Les Chinois eux aussi le savent. En réponse à la taxation de leurs colis, il suffirait qu’il contingentent le porc français pour mettre nos producteurs dans la rue. Et eux aussi ne plaisantent pas, les Bretons sont bien placés pour le savoir. Les Chinois y pensent peut-être déjà, en se disant que le pays des pâturages et des labourages est décidément une proie bien facile, elle qui de surcroît travaille moins que tous les autres et passe le plus clair de son temps à parler de retraite.