Si on nous avait écoutés… Gonflé Moscovici
« Je pars avec le sentiment du devoir accompli ». Pierre Moscovici, 68 ans, quitte la Cour des comptes en s’auto-congratulant car s’il ne le fait pas lui-même, personne ne le fera à sa place. A ce poste-là, il ne faut pas s’attendre à recevoir des lauriers. Mais il devrait tout de même faire preuve d’un peu plus de modestie quand il ajoute « si on nous avait écoutés, on n’en serait pas là ».
Il aurait peut-être dû nous en dire plus sur le sujet car il a occupé pendant cinq ans la Cour des « zorédus », ceux qui viennent à juste titre flageller des incompétents et nous dire qu’ils « zorédu » faire ceci, qu’ils « zorédu » faire cela, mais qui exercent rarement le devoir d’alerte en s’auto-saisissant, comme ils en ont la possibilité, sur les grands problèmes qui secouent notre société.
Où était la Cour des comptes en 2023 quand le pays était fracturé par le violent conflit autour des retraites ? Quand des responsables haut placés disaient tout et n’importe quoi, tel ce président du COR (comité d’orientation des retraites), ancien syndicaliste venant dire au parlement qu’il n’y avait pas de problème de financement des retraites avant de dire l’inverse, six mois plus tard, après la réforme Macron ?
C’est à cette période cruciale qu’il avait le devoir d’intervenir, Pierre Moscovici. Dans ces batailles de chiffres et ces concours de démagogie, la Cour des comptes aurait dû être en première ligne. Elle a été absente alors qu’elle a aussi pour mission d’arbitrer et pas seulement de venir nous dire un an après ce qu’il aurait fallu faire douze mois plus tôt.
Faute de rapport
une mission flash
Et quand Bayrou a lancé son conclave sur les retraites ? Il s’est rendu compte qu’il n’avait même pas un document comptable fiable sur un sujet aussi explosif ? Moscovici, resté jusqu’alors prudemment à l’arrière du front, s’est vu imposer par Bayrou une « mission flash » d’un mois pour fournir un rapport sur les retraites. Et qu’a dit ce document ? Que dans les années à venir on aurait un problème de financement. Merci bien, on n’y avait pas pensé. Mais ce rapport fait totalement l’impasse sur la face cachée du problème, ces caisses de la fonction publique lourdement déficitaires et qui obligent à puiser chaque année dans le budget de la nation pour assurer l’équilibre. Bayrou lui même avait estimé que cette partie cachée de l’iceberg devait se situer autour de 50 milliards par an quand on sait, par exemple, qu’un quart du budget de l’Education nationale est ponctionnée, chaque année, pour payer les retraites des enseignants, sans que cela apparaisse ainsi dans la comptabilité nationale. Le rapport de la Cour des comptes a fait l’impasse là-dessus et Bayrou a remis le problème dans sa poche, avec le mouchoir par-dessus, tant le sujet était casse-gueule pour un Premier ministre marchant sur le fil.
Et pourtant, il aurait été impératif que la Cour des comptes fasse toute la lumière sur le problème majeur de nos finances publiques, ces 400 milliards annuels pour les retraites et ces 300 milliards de sécurité sociale devenus écrasant sur le dos des actifs dont les effectifs baissent d’année en année. La Cour avait le devoir d’éclairer les Français pour qu’ils cessent de mettre tout sur le dos de Macron et des milliardaires et soient informés des conséquences de nos départs précoces en retraite et du poids exorbitant de nos aides sociales.
Pierre Moscovici s’est également bien gardé d’intervenir, ces derniers mois, pour dire que la suspension de la réforme des retraites est une nouvelle catastrophe pour les caisses de l’État. On ne l’a pas entendu non plus pour dire que les retraités les plus aisés doivent impérativement prendre part au redressement des comptes de la nation et mettre au pot, comme tout le monde.
Il part pourtant avec le sentiment du devoir accompli. Mais il est tout de même gonflé de venir dire qu’on n’en serait pas là si on l’avait écouté.