Nos pays voisins n’ont pas de Mélenchon

La crise de confiance des Français envers la politique touche un plancher inédit sous la Ve République. Ils ne sont plus que 22 % à avoir confiance, vient de dire le Baromêtre Opinion Way, poursuivant un mouvement de défiance continu (30% en 2024, 26 % en 2025) et particulièrement marqué par la dissolution de 2024, décision toujours incomprise. Certes le gouvernement n’avait déjà plus de majorité, n’avançait qu’à coups de 49.3 et la droite agitait le spectre de la censure. Mais en décidant cette dissolution au lendemain d’une claque aux européennes et à quelques semaines des JO de Paris, Macron a mis toute sa responsabilité en jeu. Il a perdu. Il en paye le prix et la politique aussi, avec tous les stigmates du pays ingouvernable et le retour à la IVe République.

Mais tout résumer à une dissolution ratée ce serait oublier que cette situation foutraque est aussi le fruit de la stratégie développée par Mélenchon avant même cette dissolution. Elle tient en deux mots d’ordre : brutaliser la vie politique et bordéliser l’Assemblée. Chapeau ! C’est réussi. La manifestation la plus visible tient bien sûr à la radicalité avec laquelle il a transformé la chambre des députés en bouillante pétaudière, sorte d’assemblée en furie où la stratégie de l’extrême gauche consistait surtout à hurler le plus possible, à vociférer tout et n’importe quoi en prenant pour alibi les grands débats agités de la IIIe République. Sauf qu’à l’époque, ils n’étaient pas télévisés. Et c’est justement la retransmission en direct de ces batailles de chiffonniers, relayée avec gourmandise par les chaînes d’infos, qui a accentué la défiance des Français envers la politique. Surtout quand on compare avec nos voisins où le niveau de confiance dans la politique oscille entre 38 et 48 % chez les Italiens, Anglais et Allemands, contre ces 22 % chez nous. Ils n’ont pas de Mélenchon chez eux pour pousser le peuple à torpiller la classe politique et à détester les élus.

Le chef des insoumis a eu ce qu’il voulait. Un monde politique fragilisé pour mieux tenter de renverser la table. Mais, par effet de contraste, c’est bien le Rassemblement national qui en a profité. Avec ses députés cravatés faisant face à une extrême gauche débraillée, elle a engrangé les dividendes. Au point que François Ruffin, tête pensante LFI, finit par user de toute sa voix portante pour demander la fin de cette bordélisation, de ces cris et vociférations, en souhaitant carrément un peu plus de « tendresse en politique ».

Depuis, abandonnés par une grande partie de la gauche, les insoumis ont mis la pédale douce et le jeune aboyeur Boyard, coupable d’un fameux clash avec Cyrille Hanouna, a été prié de la boucler. D’autant plus que deux élections majeures se profilent. Et pour la présidentielle, Mélenchon a besoin à son tour de respectabilité. Il doit ratisser large s’il veut être au deuxième tour et l’électorat d’extrême gauche n’y suffira pas. Ce qu’il veut, c’est refaire le coup de 2022 avec l’arc républicain où même des électeurs de droite avaient voté pour des candidats de gauche, avant de tomber des nues quand ils avaient vu Mélenchon, le soir à la télé, venir proclamer qu’il avait gagné. Il aura sans doute du mal à refaire le coup une deuxième fois. Et encore moins depuis que prospère une nouvelle version de l’arc : « tout sauf Mélenchon ». 

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