Elles parlent comme des gougnafiers
« Gougnafier ». Ce drôle de mot figure parmi les plus recherchés, cette année, sur le site Le Petit Robert, le dictionnaire français. Et tout le monde s’est demandé pourquoi. La réponse, c’est l’éditeur qui l’a donnée. Au Sénégal, un membre de l’entourage du président a traité un adversaire de gougnafier et dans cette Afrique noire où on savoure la langue française bien plus que chez nous, tout le monde s’est précipité pour savoir ce qu’il signifie. Ce qui a fait mécaniquement monter, au top des recherches sur le net, ce mot qui veut dire goujat, vaurien….. Avec d’autres insultes fleuries venues du passé, il a été remplacé par un petit mot de trois lettres qui a cannibalisé tous les autres. De nos jours, il n’y a plus de gougnafier, de paltoquet, de maraud… Tous des cons !
Et ce vocabulaire injurieux qui fut jadis l’apanage des hommes est maintenant phagocyté par les femmes, venues pousser le souci de la parité en toutes choses jusqu’à se mettre à parler, à leur tour, comme des gougnafiers. La nouvelle conquête de la femme, c’est d’injurier comme les hommes. On en a eu deux exemples cinglants cette semaine, là où on les attendait le moins. D’abord dans les coulisses du concours Miss France où deux Miss régionales ont exprimé leur déception de ne pas être dans les douze finalistes en usant d’un vocabulaire fleuri.
Miss Provence : « Je veux pas faire ma rageuse, hein, mais… c’est quoi ce top 12. Allô la Terre ».
Miss Aquitaine : « C’est des grosses putes ».
Les deux miss ont été exclues, cette dernière expliquant que ce terme, dans son esprit, signifiait « veinardes ».
« Diffusées par erreur »
Le second épisode est bien sûr celui de Brigitte Macron, notre première dame, avec son apostrophe « S’il y a des sales connes, on va les foutre dehors » que personne n’avait vu venir. Contrairement aux Miss, il n’est pas d’usage d’exclure les premières dames mais cette expression aurait pu lui valoir un carton rouge tant il est inattendu de sa part. Il est vrai qu’il s’agissait d’une conversation privée avec le comédien Ary Abittan, harcelé par des jeunes femmes masquées venant perturber ses spectacles.
Mais quand on sait tout le soin que met l’épouse du président à tout surveiller depuis l’infâme rumeur qui la vise, on a du mal à comprendre comment ces mots-là sont venus dans sa bouche. Peut être s’est-elle dit que pour marquer son exaspération devant l’attitude inqualifiable de ces jeunes femmes, il fallait piocher dans le vocabulaire masculin. Et elle a sorti « sales connes ». BFM nous a appris, par la suite, que ces images ont été diffusées par « erreur ». L’auteur est un membre de l’agence de Mimi Marchand, grande amie de Brigitte Macron, qui avait l’autorisation de filmer. On ne se méfie pas assez des ses amis.
Lâchez-nous la grappe !
Dans le tombereau de réactions qui ont suivies, la députée Sandrine Rousseau a quitté le débat sur le budget à l’Assemblée pour venir dire devant les micros que Brigitte Macron doit s’excuser sur le champ pour cette injure devenue publique, elle dont le fameux « j’en ai rien à péter du rendement des agriculteurs » n’a donné lieu à aucun acte de contrition. Pas le moindre petit regret de sa part pour ce vocabulaire désormais non genré. Un peu comme son amie Marine Tondelier lançant récemment « il faut lâcher la grappe des femmes ». Étonnante formule. Mais peut-être n’en connaît-elle pas la signification. On lui donne un indice. C’est comme ces jeunes filles qui maintenant font usage d’une autre expression très renversante et parfait exemple de la conquête paritaire du parler masculin : « Cui-ci me pète les couilles ».
Par souci de la vérité, nous avons donné tous ces mots dans leur intégralité, là où il eût été de bon goût de les mettre en points de suspension. Comme pour le vin, chacune comme chacun est invité à en faire usage avec modération.