Le Noël souriant de la Mère Fouettard
Sur les rotules ! Nos députés, épuisés par leur marathon budgétaire, ont entamé une trêve de Noël si impatiemment attendue que l’Assemblée comme le Sénat ont voté à l’unanimité la loi spéciale qui va reconduire temporairement le budget 2025 de l’État. Pas question de prolonger les discussions ! Et tout le monde était si soulagé que Marine Le Pen a gratifié l’Assemblée d’un numéro de magie de Noël totalement inattendu de la part de celle qui, depuis le début de l’année, se comporte plutôt comme la Mère Fouettard de la politique française. Il faut se souvenir du cynisme avec lequel, en janvier, elle a traité Michel Barnier, imposant son nom à l’Elysée avant de tordre le bras de ce nouveau Premier ministre, pendant des jours et des jours, puis de faire tomber sa tête dans le panier. Du Machiavel de la meilleure veine. On a encore pu le constater tout au long de l’année, où elle a bloqué l’institution parlementaire par ses votes de rejet en mettant à chaque fois l’immobilisme sur le dos de Macron et les siens.
« Toute cette énergie »…
Et la voilà donc, en cette veille de Noël, s’avançant au micro de l’Assemblée en prenant tout le monde de court. Au lieu des injonctions habituelles, la voilà toute souriante et la voix emballante pour souhaiter de joyeuses fêtes de Noël aux députés et à tous ceux qui vont bosser pendant ce qu’on appelait jadis la trêve des confiseurs. Mais les jeunes, de nos jours, ne savent plus ce qu’est un confiseur. Donc c’est la trêve de Noël, mot sur lequel Marine Le Pen a bien insisté, déployant une fougue joyeuse dans son intervention, tranchant singulièrement avec ses propos habituels.
Dans la foulée, le Premier ministre Lecornu, est resté sur le même ton badin : « Mais où allez vous chercher toute cette énergie ? », lui a-t-il lancé, faisant se marrer une partie de l’Assemblée, du moins ceux des députés ayant compris son allusion. Elle concernait bien sûr ce passage raté de Jordan Bardella dans « Quelle époque », l’émission de Léa Salamé où il a bu la tasse, en laissant transparaître un tel manque de répartie et une platitude dans le propos que Roselyne Bachelot, à ses côtés, l’a ridiculisé sous les rires du public. Au jeu de la photo d’une personnalité à qui il faut poser une question, quand s’affiche le portrait de Sarkozy, Bardella lance « Je lui demanderais où il trouve cette énergie ». Et trois photos plus tard, arrive Trump : « Euh… je lui demanderais où il trouve cette énergie ». Éclat de rire de Bachelot, devant ce doublon désolant. Elle ne va pas le lâcher pendant cinq minutes tant le président du RN est incapable de faire une réponse incisive pour lui clouer le bec ou de faire preuve d’un brin d’autodérision. Pas très engageant pour un potentiel futur président de la République.
D’où la répartie de Lecornu demandant la Marine Le Pen « où elle trouve cette énergie », en allusion directe à Bardella. Elle aurait pu en être froissée mais elle se mit à rire très franchement, agitant un doigt complice à l’adresse du Premier ministre, comme si elle n’était pas mécontente que son jeune bras droit ait pris un bouillon devant les caméras. Faut lui apprendre à savoir se tenir en société quand il n‘est plus dans le discours politique, le jeune Bardella. Ça lui servira de leçon.
« Oui… joyeuses fêtes ».
Et savez-vous pourquoi Marine Le Pen a bien appuyé sur le mot Noël quand elle a pris la parole à la tribune de l’Assemblée ? C’était un message à peine voilé à la France insoumise après une scène comique qui a tourné en boucle sur les réseaux.
Le matin même, sur Cnews, la journaliste Sonia Mabrouk interroge le LFI Eric Coquerel puis conclut :
– « Je vous dis Joyeux Noël »,
– Coquerel « Oui… joyeuses fêtes ».
– « Et joyeux Noël », insiste Mabrouk.
– « Oui.. oui »
– « Ben, c’est Noël »
– « Oui oui, c’est Noël, c’est la nouvelle année, c’est tout ça, c’est ce que souhaitent tous les Français ».
Dur de faire dire Noël à un de ces dirigeants insoumis qui ne veulent pas que les mairies ressemblent à des crèches pendant la trêve… des confiseurs.