Et B.B. sublima la marinière

Comme ses chats, Brigitte Bardot a eu sept vies. Mais c’est dans son rôle d’actrice qu’elle a stupéfait le monde entier par sa beauté et son art de lancer des modes. La marinière, aujourd’hui très identifiée à la Bretagne, lui doit beaucoup. Remontons le fil du temps en tirant sur la pelote…

Mais au fait, d’où sort-elle cette marinière ? Du décret du 27 mars 1858 qui, pour la première fois, établit la liste officielle de la tenue de la Marine française. Elle détaille avec une rigueur toute militaire « le tricot bleu de service courant » que les matelots et quartiers-maîtres devront porter sous leur vareuse et qui devra « compter 21 rayures blanches, chacune deux fois plus large que les 20 à 21 rayures bleu indigo ».

Le décret ajoute bien d’autres détails millimétrés sur les rayures des manches ou l’encolure de ce tricot censé permettre de repérer plus facilement un homme tombé à la mer ou manoeuvrant dans la mâture.

Ainsi naît la marinière qui restera exclusivement masculine avant que l’icône française de la mode, Gabrielle Chanel, alias Coco, ne convertisse ce vêtement masculin et militaire en tricot civil et féminin, dans le sillage de la mode du vêtement marin qui gagne tous les bords de mer de la France de la Belle Époque.

 

B.B. lui donne

une renommée mondiale

Le tricot rayé est, dès lors, bien installé. Mais c’est Brigitte Bardot qui va lui donner une renommée mondiale et une french touch avant l’heure en adoptant la rayure, tantôt moulante tantôt flottante, dans des tenues à faire tomber raides les jules de l’époque. Et à entraîner les femmes dans son sillage vestimentaire, de l’agricultrice au champ à l’estivante traînant sa nostalgie de fin d’été sur des plages pas encore abandonnées aux coquillages et crustacés.

Des robes vichy aux cuissardes, en passant par la chevelure en choucroute, B.B. fut à l’origine de bien d’autres modes. Et aucun homme ne pouvait rester insensible à un tel charme. Pas même le Général qui, face à Bardot ou Jackie Kennedy, ne put refréner quelques oeillades admiratives.

Tante Yvonne, son épouse, ne cultiva aucune jalousie, n’ayant probablement jamais imaginé, même dans ses pires cauchemars, son grand homme fuguant de l’Élysée, casqué de nuit et en scooter, pour une rencontre non inscrite au protocole. D’ailleurs, en ce temps-là, la politique et le show-biz savaient garder leurs distances.

De Picasso à l’Américaine Jean Seberg, craquante en marinière dans « À bout de souffle », le tricot rayé fit son bonhomme de chemin en traversant toutefois difficilement les modes hippie puis disco, dont les arabesques psychédéliques et les chemises à jabot n’étaient pas vraiment profilées pour la rayure à la traçabilité militaire.

Jean-Paul Gautier au rayon rayures

Et il fallut les délires et les fulgurances du couturier Jean Paul Gaultier pour le second rebond de la marinière, dans les années 80. Il en fit même sa marque de fabrique en la déclinant sous toutes les coutures, y compris sur ses parfums. La marinière était relancée au point même de s’inviter plus tard sur les maillots de l’équipe de France de football, donnant soudain à nos Bleus des airs de plagistes.

Et c’est vrai qu’à ce moment-là, ils étaient vraiment sur le sable, ce qui renvoya vite les rayures aux vestiaires, au grand dam de Noël Le Graët, patron de la Fédération française de football et tenant de ses origines bretonnes, une appétence naturelle pour le tricot rayé.
Et puis bien sûr, il y eut Montebourg en marinière Armor-Lux et en couverture du Parisien Magazine, tenant dans les bras un robot Moulinex pour symboliser le Made in France. Une photo devenue presqu’aussi célèbre que celles de B.B. en tricot rayé et à laquelle le magazine anglais The Economist envoya une version boomerang. Pour symboliser les dérives budgétaires à l’européenne de Barack Obama, ils habillèrent le président américain d’un tricot rayé et d’un béret, en Une du magazine. Les sagouins !

 

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