La fin (cocasse) d’un privilège
Des Premiers ministres en avaient parlé mais personne ne l’avait fait. Sébastien Lecornu, l’hôte actuel de Matignon, a décidé de prendre le taureau par les cornes en décrétant la fin d’un privilège : les anciens Premiers ministres et ministres de l’Intérieur n’auront plus droit à un chauffeur avec véhicule à vie et, pour certains, une protection rapprochée en prime.
Cet avantage exorbitant, pour des fonctions ministérielles parfois très courtes, est depuis longtemps critiqué. Er les anciens ministres concernés se sont donc inclinés devant cette mesure de bon sens, en ces temps de disette budgétaire. Tous ? Non, l’un d’entre eux a cru bon de montrer son mécontentement en choisissant carrément RTL pour le faire et en avançant une argumentation à faire tomber de sa chaise. Daniel Le Vaillant fut ministre de Lionel Jospin pendant moins de deux ans, au début des années 2000. Depuis déjà un quart de siècle, l’ex-ministre socialiste dispose d’un véhicule avec chauffeur aux frais de l’État et n’a donc pas conduit depuis. « Et comment je fais alors ? », plaide-t-il, en indiquant qu’à 76 ans, il ne sait plus se servir d’un volant, arguant que ses proches lui déconseillent de le faire. « C’est un changement de vie », ajoute-t-il, en indiquant « qu’il doute de la façon dont tout cela s’est fait », soupçonnant même une « mesure politique ».
Autant dire que cette argumentation cocasse, l’une des plus commentées en ce début d’année, lui a valu des volées de bois vert sur les réseaux sociaux. Comme si avoir voiture et chauffeur à vie peut être légitimé par vingt mois à la tête du ministère de l’Intérieur. Il y a un moment où il faut quand même apprendre à s’en séparer. Rappelons, à ce propos, que le Morbihannais François Goulard, ex-ministre, avait reçu le Prix de l’humour politique en 2012 pour cette formule aujourd’hui de circonstance : « Etre ancien ministre, c’est s’asseoir à l’arrière d’une voiture et s’apercevoir qu’elle ne démarre pas ».