Le direct télé esquinte la politique

La commission de l’Assemblée sur l’audiovisuel public va-t-elle aller à son terme ? Après l’audition controversée de dirigeants et de personnalités de télévision et de radio, c’est cette fois la commission elle-même qui est sur la sellette, avec risque d’imploser. Les rapports se sont envenimés entre le président, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons) et le rapporteur, Charles Alloncle (UDR allié RN), le premier reprochant au second de théâtraliser cette procédure en s’érigeant en procureur à charge, allant même jusqu’à tweeter en direct les réponses des auditionnés et à faire diffuser en boucle des images sur les réseaux sociaux, parfois tronquées.

Cette affaire dans l’affaire montre, une fois encore, à quel point la retransmission en direct télé des débats parlementaires pousse certains députés à se conduire comme des gosses sur tiktok ou des ados faisant du rodéo urbain. En clair à se mettre en scène bien au-delà des pratiques habituelles. Ce comportement est une exclusivité de l’Assemblée nationale, le Sénat ne se laissant jamais aller aux excès de la théâtralisation, avec une différence majeure entre les deux chambres : au Sénat, il n’ y a, à ce jour, aucun groupe LFI ni RN.

Et ce sont bien ces deux formations et leurs proches qui fournissent le gros des agitateurs des commissions ou des perturbateurs des séances de la chambre des députés. Les insoumis de Mélenchon détiennent de loin le record de décibels et de gesticulations quand  tournent les caméras du direct. Il ne s’agit pas seulement de l’illustration de tempéraments fougueux mais bien la mise en œuvre des théories de la bordélisation et de la brutalisation de la politique voulues par Jean-Luc Mélenchon, transformant l’Assemblée en pétaudière. Et donnant une image désastreuse, objectif clairement visé par le chef des insoumis. Plus il y a de bazar dans la politique, mieux c’est pour son fonds de commerce car plus il y a de foutoir, plus les électeurs rejettent la classe politique. En des temps bien plus agités que les nôtres, comme l’affaire Dreyfus, on imagine ce qu’aurait pu donner, pour la cohésion de la nation, les retransmissions télé des combats politiques.

Quant aux commissions, qui ont pourtant leur utilité, on a vu comment elles peuvent tourner à la procédure moyenâgeuse, telle l’attitude du député Paul Vannier (LFI) face à François Bayrou, jetant sur lui les soupçons de la pire turpitude, alors qu’aucune charge n’a été retenue contre lui. Ou, à un degré moindre, comment des grands dirigeants de l’économie française ont été traités comme des délinquants par des députés n’ayant jamais créé un emploi de leur vie, ni connu les injonctions oppressives de l’Urssaf.

La présidente de l’Assemblée, Gaël Braun-Pivet s’est déjà publiquement interrogée sur les déviances comportementales des députés quand les caméras tournent. S’il n’est pas question de remettre en cause les directs télé des séances de l’Assemblée, la question se pose de savoir s’il est vraiment nécessaire de diffuser en direct intégral des commissions d’enquêtes qui salissent tout, côté enquêteurs comme côté enquêtés, tant elles relèvent parfois des méthodes de l’Inquisition.

 

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