Les toubibs aussi doivent freiner la dépense
La grève des médecins libéraux a mobilisé 20 000 d’entre eux samedi à Paris mais on ne peut pas dire qu’elle ait reçu beaucoup de soutiens, hors soignants. D’autant moins qu’au même moment, le mouvement des agriculteurs mettait en relief le décalage entre les rémunérations d’une profession fauchée comme les blés et celles d’une corporation généralement considérée comme privilégiée.
Ce mouvement de médecins souffre aussi d’une profusion revendicative qui n’aide pas à cerner le cœur du problème. Alors, il faut s’en remettre à Patricia Lefébure, présidente de la fédération des médecins de France qui a déclaré, lors de la manifestation de Paris : « La mesure-phare de ce qui nous met en colère, c’est la mise sous objectifs pour les arrêts de travail ». Une disposition prévoyant que les médecins ne peuvent plus prescrire des arrêts de travail supérieurs à un mois, la première fois, et deux mois en cas de renouvellement. Les professionnels considèrent que c’est une atteinte à leur liberté, y compris quand elle touche des médecins accordant bien plus d’arrêts que leurs confrères.
Ce qui laisse supposer que les toubibs, pourtant les mieux placés, ignorent l’épidémie d’arrêts de travail qui touche actuellement le pays, sans commune mesure avec ce qui se passe dans nos pays voisins. Des exemples ont prouvé que certains médecins les distribuent par dizaines, chaque semaine, dans une frénésie sans frein. Et cette maladie est très contagieuse, tant les absences des uns au travail pèsent sur la charge de travail de ceux qui sont présents et leur donnent envie, à leur tour, de se faire porter pâles. Une spirale catastrophique pour la sécu.
Vu de l’extérieur, il paraît donc invraisemblable que les médecins puissent s’opposer à cette mesure de bon sens à l’heure où la dérive de nos comptes publics vient encore d’enregistrer 20 milliards de déficit de la sécu pour 2026. 20 milliards ! Face à ces chiffres, les médecins peuvent-ils encore défiler derrière des banderoles « La sécu parle chiffres, nous parlons patients » ?. Ce slogan ne tient plus la route devant l’état de nos comptes publics. Les médecins eux aussi doivent freiner la dépense. Et résolument. Comment peut-on encore concevoir qu’ils soient les plus gros prescripteurs de dépenses publiques du pays, sans le moindre encadrement pour juguler des dérives manifestes ?
La liberté totale qu’ils revendiquent vient maintenant se heurter au mur des déficits abyssaux et au poids considérable du vieillissement sur tout le secteur médical. La France compte actuellement trois millions de retraités de plus qu’à l’époque de Chirac, il y a guère plus d’une vingtaine d’années. C’est un véritable tsunami sur nos finances et nos dépenses de santé et les médecins ne peuvent pas constamment faire porter la responsabilité de nos difficultés sur la « technostructure hospitalière ». Et s’en prendre aux institutions d’un pays qui a tout de même payé leurs très longues études.
Eux aussi doivent freiner les dérives. C’est à eux de jouer le rôle indispensable de modérateurs, à eux de juguler la surconsommation médicale, à eux aussi de faire comprendre aux séniors que la santé a un coût et que ce sont leurs petits enfants qui devront payer l’addition. Car une évidence s’impose : il n’y aura pas de responsabilisation des patients s’il n’y a pas une responsabilisation des médecins.