Épargne. Pour les Bretons un sou c’est un sou
Les Bretons sont champions de France de l’épargne. C’est la Banque de France qui le dit, du moins pour ce qui concerne le livret A, le plan d’épargne logement ou encore le livret de développement durable et solidaire. Dans tous ces instruments d’épargne réglementée, c’est la Bretagne qui décroche le pompon alors qu’à l’inverse, la Corse ferme la marche dans tous ces classements. Il est vrai que là-bas, la confiance en l’État français est si mesurée que beaucoup d’insulaires considèrent, à haute voix, que leur oseille est plus en sûreté dans la bergerie, derrière le tas de fagots.
Cette tendance à épargner des Bretons est-elle une moderne déclinaison de ces soupçons d’avarice qui ont longtemps affecté les Bigoudens et les Léonards ? Sans doute pas. Il faut plutôt y voir une caractéristique des régions qui ont longtemps connu la pauvreté et pour qui un sou est un sou, même en des temps plus prospères. Les Bretons sont également connus pour leur relative imperméabilité aux injonctions de la mode, en plus encore du bling-bling, qui génèrent parfois des dépenses compulsives et bien superflues.
Mais il faut probablement y voir aussi cette appétence pour la propriété privée qui donne à la Bretagne le plus fort taux de Français propriétaires de leur logement et pousse donc à épargner ceux qui n’ont pas encore atteint ce statut. D’où cette première place pour les livrets d’épargne logement. Et puis bien sûr, comme l’ensemble des Français, ils ont quelques doutes sur la capacité de l’État français à assurer l’intégralité des retraites dans le futur, ce qui les incite d’autant plus à mettre de côté.
Mais attention ! L’épargne vertueuse peut aussi devenir une épargne excessive, ce qui est le cas actuellement dans l’Hexagone. Nous épargnons trop et pour une fois, il n’est donc pas recommandé de suivre l’exemple des Bretons. Nous devons aujourd’hui consommer plus que nous ne le faisons, en respectant le plus possible les contraintes environnementales mais en contribuant, via la TVA, au redressement de nos comptes publics. C’est notre principal impôt et, en ces temps d’incertitude et de défiance, il n’entre que trop modérément dans les caisses de l’État.