« Et ma collègue, combien elle gagne ? »
« Ah, moi, si j’apprends que ma collègue gagne plus que moi, c’est sûr que je ne vais pas être contente. Ah non, alors ! ». Le reportage télé, dans le salon de coiffure, montre le mécontentement virtuel de l’employée en cas d’application, dans son salon, de la nouvelle loi sur la transparence salariale qui doit être effective à partir de juin prochain. Les images suivantes se passent dans un petit garage où un mécanicien fait la même réponse : « Ah non, ça mettrait la pagaille entre nous ».
Des images comme celles-là, on en a vues beaucoup ces dernières semaines. Et c’est tout bon pour les JT de 13h car elles reposent sur un postulat très à la mode dans les médias : monter les uns contre les autres. Ça fait de l’audience. Et avec les salaires, on est sur un sujet ultra-sensible, à mettre le bazar entre collègues dans les salons de coiffure, les garages ou ailleurs.
Sauf que cette nouvelle loi qui fait beaucoup parler ne s’appliquera dans aucun de ces cas, à partir de juin. . Il n’est pas question que les salaires des uns et des autres soient dévoilés, encore moins dans les petites entreprises. La nouvelle loi, issue d’une directive européenne, ne concernera que les entreprises de plus de 50 salariés, ce qui est rarement le cas dans les salons de coiffure ou chez les petits garagistes.
Et il n’est pas question de dévoiler les salaires des uns et des autres et encore moins de les afficher à l’entrée des locaux. Les dirigeants de ces grandes entreprises ne devront faire connaître, à ceux qui le demandent, que la moyenne des salaires par métiers (et non par individus) pour que chacun ait une idée approximative de la rémunération des autres et des distorsions éventuelles entre femmes et hommes. Car c’est bien à ce niveau-là, pour une meilleure parité hommes-femmes, que cette loi a été imaginée, d’abord au niveau européen puis par pays.
Elle va compliquer la vie des chefs d’entreprises car elle s’accompagne d’autres dispositions comme la précision du salaire pour chaque offre d’emploi, ce qui explique les réticences émises par le patronat. D’autant que cette loi devrait s’accompagner d’un nivellement des rémunérations, offrant moins de possibilité de mieux rémunérer les plus méritants.
Et elle va logiquement entraîner, dans les années à venir, une autre remise à niveau. Par effet de rattrapage et à compétence égale, les salaires des femmes devraient logiquement augmenter plus que ceux des hommes. Des râlantes en perspective.