Ce pouvoir que la politique a donné aux juges

Un pays ingouvernable par absence de majorité à l’Assemblée, un ex-président condamné à cinq ans de prison avec une humiliante incarcération de trois semaines, la favorite de la présidentielle de 2027 probablement empêchée de se présenter l’an prochain… La France traverse une période extravagante où des événements jusqu’ici inimaginables s’empilent les uns sur les autres. Ils braqueraient tous les projecteurs sur notre Hexagone bien secoué si Trump ne monopolisait pas tous les médias de la planète avec son hyperactivité si souvent déroutante. Donc, merci à lui de nous éviter un trop fort intérêt international pour notre vie politique déglinguée qui entamerait encore plus la crédibilité de notre pays.

Comme c’était prévisible (voir dans nos archives ci-dessous l’article d’octobre « La justice peut-elle censurer la justice ? »), les réquisitions des procureurs de la Cour d’appel invitent les magistrats à confirmer pour l’essentiel le jugement de première instance, y compris l’inéligibilité sauf pour « l’exécution provisoire », terme imprécis pour dire exécution immédiate. Cela ne change pas fondamentalement la donne car si les magistrats d’appel confirment ces réquisitions, Marine Le Pen aura toutes les peines du monde à engager une procédure de cassation pour espérer encore une entrée en campagne présidentielle. D’autant plus que dans son propre parti, une majorité se dégage maintenant pour que le flambeau soit plutôt porté par Jordan Bardella, ce dauphin que la justice s’apprête à couronner roi.

Car c’est la justice qui, aujourd’hui, exerce le pouvoir le plus absolu dans notre pays. Le pouvoir législatif est paralysé sous l’action combinée de ses deux extrêmes qui ont tout intérêt à entretenir le bazar au Palais Bourbon. Et le pouvoir exécutif, comme vient de le montrer la longue séquence budgétaire, est pour les mêmes raisons à la merci d’un parti socialiste qui a fait à peine 2 % à la dernière présidentielle. Blocages à tous les étages. Des trois pouvoirs, seule le judiciaire montre toute la puissance de son bras armé et, des tribunaux jusqu’au conseil constitutionnel, elle ne se prive pas de tenir la politique sous sa coupe comme pour mieux se purger du temps où on lui reprochait, au contraire, d’être sous influence des grands de l’État.

Il est vrai que ce sont les politiques eux-mêmes qui ont renforcé le glaive de la justice en y ajoutant la loi de 2016 sur la transparence en politique. Marine Le Pen ne fut pas la dernière à demander la plus grande sévérité à l’encontre les fautifs. La justice a bien entendu son message : donne du pouvoir à un homme et il en usera, donne du pouvoir à la justice et elle en abusera. C’est du moins l’impression qui se dégage après les deux jugements, d’une extrême sévérité, à l’encontre de Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen, les magistrats exerçant à fond, tel un pouvoir absolu, ce droit de justice que les politiques lui ont si généreusement offert sur un plateau. « Dura lex sed lex », disait le légionnaire romain. La loi est dure mais c’est la loi.

 

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