Qui voit Molène voit Ouessant
Rien à l’horizon ! Sur la petite île de Molène, on ne voit toujours pas se lever une candidature pour occuper la fonction de maire alors que l’élection municipale n’est plus qu’à une encablure. Comme toutes les petites communes confrontées à cet écueil, le confetti molénais est menacé d’être rattaché à une autre commune. Et, à l’observation des cartes, une évidence s’impose : le territoire le plus proche et le plus pertinent, c’est l’île voisine d’Ouessant. Elle devrait logiquement devenir le port d’attache de Molène-sans-Maire, déclinaison administrative de Molène-sur-Mer.
Oui mais voilà, il y un os et de taille ! Car Molène et Ouessant, c’est comme les Velrans et les Longeverne de La guerre des boutons, comme les Montaigu et les Capulet de Juliette et Roméo. De vieilles querelles séculaires ont creusé un canal historique entre les deux îles, annonçant avant l’heure la théorie moderne affirmant que la France est un archipel. Ici, on est en plein dedans depuis la fin de la glaciation qui a donné à l’une et l’autre leur insularité, entourée de multiples autres confettis. Depuis ces lustres, les uns observent et jugent les autres du haut de leurs rochers, et vice et versa, donnant corps à des légendes parvenues jusqu’à nous.
Ainsi, les Ouessantins soutiennent que si les Molénais ont de grandes oreilles, c’est parce que tout petits, leurs mères les soulèvent par les oreilles en leur murmurant : « Regarde comme c’est beau, Ouessant ». Et les Molénais ont tous en mémoire l’histoire de ce subclaquant qui, sur son lit de mort, demanda au curé de le transformer prestement en Ouessantin avant de passer de vie à trépas.
– « Mais pourquoi donc, toi qui les détestes tant ? », demanda le curé.
– « Ça en fera un de moins ! ».
Ainsi, au fil des siècles, se perpétua l’écho de cet antagonisme toujours entretenu. Mais maintenant, il y a urgence à trancher. Jeudi prochain, un émissaire du préfet va venir sur l’île pour la réunion de la dernière chance en espérant une candidature spontanée, voire même que les Molénais désignent eux-mêmes un candidat comme dans « Un curé de l’île de Sein », l’œuvre majeure de Queffelec père. S’il veut parvenir à ses fins, l’émissaire n’aura qu’à menacer les Molénais d’être rattachés à Ouessant en leur disant que, pendant des siècles et des siècles, les navigateurs comme les randonneurs sur la côte perpétueront ce dicton du troisième millénaire « Qui voit Molène, voit Ouessant ». Jeudi, à cette seule évocation, c’est un conseil municipal entier qui va se constituer sur l’heure !