Comment LFI a torpillé le PS en Bretagne
LFI est sur la sellette et Mélenchon bat des records d’impopularité. L’épisode dramatique de Lyon a secoué le pays et l’extrême-gauche paye aujourd’hui le prix d’une stratégie risquée, celle de la conflictualité permanente et de la brutalisation de la vie politique. Il fallait bien qu’un jour elle lui revienne en boomerang et soulève des questions sur le pouvoir et la place des insoumis dans la gauche aujourd’hui fragmentée.
Cette emprise, Mélenchon et les siens l’ont exercée de façon spectaculaire en Bretagne, lors des élections législatives de 2024, celles qui ont suivi la fameuse dissolution. Alors que les insoumis n’avaient totalisé que 7 % des voix bretonnes aux élections européennes, quelques semaines plus tôt, ils ont fait main basse sur les investitures à gauche pour ces législatives. Sur les 27 circonscriptions de Bretagne, LFI s’est octroyé 14 investitures n’en laissant que cinq aux socialistes, dans le cadre de leur alliance Nupes. Le parti de la rose qui avait été si dominant en Bretagne dans les décennies précédentes, en était réduit aux miettes alors que Mélenchon s’octroyait la plus grosse part du gâteau breton dans une région où il venait de faire à peine 7 % des voix.
On se demande encore comment le PS breton a pu accepter pareil fait du prince. Un braquage politique dans les grandes largeurs quand on sait que la Bretagne, Loire-Atlantique comprise, a mathématiquement suffi, à elle seule, à assurer la victoire de Hollande sur Sarkozy en 2012. Et la direction nationale du PS a pourtant accepté que la Bretagne de gauche soit ainsi cannibalisée par LFI… Et bien sûr, avec une offre électorale si peu à l’image de la région, avec LFI parti des villes candidat en zone rurale, le résultat ne s’est pas fait attendre. C’est la majorité en place qui a largement remporté ce scrutin dans les départements bretons (16 sièges pour Renaissance, Modem, Horizon), le PS ne comptant plus aujourd’hui que trois sièges dans une région où il fut ultra-dominant. Sur ses 14 investitures bretonnes, LFI n’a remporté que quatre sièges, dont trois à Rennes (2) et Brest (1), malgré un contexte national favorable autour de cette dissolution incompréhensible.
Avec les élections municipales qui se profilent, on retrouve le monde d’avant. Le PS est à la tête de nombreuses communes en Bretagne alors que le LFI y est quasi-inexistant. Cette fois plus question d’alliance et plus de diktat de LFI. Les insoumis vont- ils alors faire des étincelles en essayant de contrarier des victoires socialistes comme ils en ont agité la menace ? Ils seraient bien imprudents de pousser le bouchon un peu trop loin en Bretagne car leurs quatre sièges de députés valseraient aux législatives de 2027. Le coup de l’arc républicain ne marche pas à tous les coups.