Municipales. Une seule liste ? Pas plus mal !

Dans plus de la moitié des communes de Bretagne, il n’y aura qu’une seule liste dimanche. Maintenant qu’elles sont toutes au même régime électoral, y compris celle de moins de 1 000 habitants où on pouvait jusqu’ici panacher (rayer des noms, en rajouter…), on a une photographie précise des petites communes où les électeurs n’auront pas le choix. Sur le plan démocratique, on peut le regretter. Mais pour la paix dans la commune, ce n’est peut-être pas plus mal.

La première raison, c’est que durant la mandature qui vient de s’écouler, on a relevé une certaine radicalisation du débat au sein des conseils municipaux et une montée des tensions entre majorités et oppositions. Comme si le déplorable exemple de l’Assemblée nationale et la bordélisation voulue par Mélenchon et les insoumis avaient ruisselé jusqu’aux dernières marches de la démocratie locale. Et contribué à empoisonner l’atmosphère. Mais sans doute aussi faut-il y voir l’influence récente des réseaux sociaux et des mauvaises manières qui ont prospéré sur ce terreau d’hostilité affichée. Un maire finistérien le disait avec un brin d’ amertume : « Au conseil municipal, maintenant, on parle comme sur les réseaux sociaux ». Plus de filtres.

Mais le débat, dans les petites bourgades, ne va-t-il pas souffrir de ce manque d’opposition ? Pas sûr. Car si la présence de deux listes concurrentes génère une compétition où les grandes gueules prennent hélas trop souvent le pas sur les partisans d’une modération du débat, la liste unique ne reste généralement pas très longtemps dans son homogénéité d’origine. Il suffit d’une ou deux grandes questions avec des divergences de vue pour que l’unité se lézarde et qu’une opposition interne sorte la tête. Elle est garante d’un fonctionnement démocratique et de diversité des opinions à condition toutefois de ne pas sombrer dans l’excès qui font passer pour traitres les ex-partenaires. Un très mauvais scénario.

La liste unique a surtout pour vertu de faire des élus une sorte de conseil des sages devant lequel les administrés s’inclinent plus volontiers. Les élus ont eu le courage d’y aller et pourront durant tout leur mandat envoyer la réplique choc à leurs contradicteurs les plus véhéments : « Tu n’avais qu’à te présenter ». Avec le scénario de la liste unique, l’administré peut moins la ramener, si on peut dire.

Alors maintenant que toutes les communes ont le même système et qu’il n’est plus possible de panacher, on pourra faire d’utiles comparaisons et voir où l’atmosphère est la plus détendue : dans les communes à liste unique ou celles à listes multiples ? Beau thème de recherche pour un étudiant en sociologie.  

Partager cet article :

Privacy Preference Center