Nucléaire. Qui retourne sa veste ?
Au beau milieu du fracas libano-iranien, Ursula von der Leyen (photo) a lâché une petite bombe : « Renoncer au nucléaire a été une erreur stratégique ». La présidente de la commission européenne, de nationalité allemande qui plus est, a cette fois officiellement reconnu ce qui au fil du temps est devenu une évidence. Pour supplanter les énergies fossiles, on ne pourra pas se contenter des énergies renouvelables et le gouvernement allemand paie au prix fort, aujourd’hui, son renoncement au nucléaire. Il s’est mis entre les mains de la Russie pour assurer ses approvisionnements en gaz et se retrouve maintenant réduit à relancer des centrales à charbon, polluantes et coûteuses, pour couvrir ses besoins.
Ce n‘est pas pour autant que les Allemands vont changer d’avis. Le chancelier Friedrich Merz et des membres éminents de la coalition au pouvoir ont d’ores et déjà opposé une fin de non recevoir à la proposition d’Ursula von der Leyen de promouvoir la construction de mini réacteurs nucléaires, voie sur laquelle le France a décidé de s’engager. Voilà qui promet à nouveau de beaux bras de fer à Bruxelles où les Allemands ont un pouvoir bien plus affirmé que les Français, comme en témoignent les règles qu’ils ont imposées à EDF de mettre sur le marché un quart de sa production à prix très réduit. Ils ont de la constance dans leurs convictions et ne semblent pas disposés à céder sur ce terrain.
En revanche, le retour en grâce du nucléaire nous vaut de spectaculaires retournements de veste dans la presse française où, après Fukushima, on ne comptait plus les éditorialistes ou journalistes fustigeant cette France inconsciente qui avait mis tous ses œufs dans le même panier en misant aussi fortement sur le nucléaire. L’accident japonais avait entraîné, il est vrai, un véritable traumatisme qui avait fortement imprimé les unes des journaux. Et il est assez savoureux de voir comment certains éditorialistes ont, depuis, tourné casaque en fustigeant maintenant Hollande, Macron et les autres pour avoir, un temps, entamé un mouvement de repli sur le nucléaire…
La France aujourd’hui est dans une situation bien plus favorable que l’Allemagne et la priorité, actuellement, ce n’est pas d’entamer de nouvelles tranches de nucléaire mais d’aller à marche forcée vers une électrification plus poussée du pays pour se passer des énergies fossiles. Nos centrales, nos barrages à nouveau pleins et nos énergies renouvelables produisent bien plus d’énergie que nous en consommons. En France, on n’a pas de pétrole mais on a de l’électricité. Donc, il faut accélérer pour moins polluer et limiter notre dépendance aux énergies fossiles.