L’inquiétant pessimisme des chefs d’entreprises
Il faudrait les appeler chefs d’entreprises plutôt que patrons. Les Français auraient une image plus conforme à la réalité pour définir ce qu’ils représentent, pour la nation française, de maillage du territoire, de millions d’emplois, de financement de notre État dispendieux et de pouvoir d’achat pour l’ensemble du pays. Ils sont « le » maillon essentiel pour faire tourner l’économie et la faible considération qu’ils inspirent est à l’image d’une nation qui continue à ne voir que des Bernard Arnault dans la galerie de portraits des dirigeants d’entreprise.
Alors en ces temps très incertains, il est bon de les écouter. Et ce qu’ils disent est plutôt inquiétant. Leur porte-parole, Patrick Martin, président du Medef (photo) l’a révélé en ouverture des rencontres nationales organisées à Paris : 82 % des chefs d’entreprises sont pessimistes quant aux effets de la politique économique du prochain président de la République sur leur activité, quel qu’il soit ! Et ce sondage ne porte par sur un millier de personnes, comme c’est le cas d’ordinaire, mais sur 66.000 dirigeants d’entreprise qui ont répondu à une enquête d’une ampleur inédite.
C’est dire la défiance à l’égard du monde politique qui, sur ces deux dernières années, est retourné aux vieilles pratiques de la IVe République, faisant passer à l’arrière-plan l’intérêt supérieur de la nation. Un exercice dans lequel LFI et le RN ont fait preuve de zèle pour démontrer leur pouvoir de nuisance, le PS ne montrant pas beaucoup plus de hauteur de vue en forçant le bras de Sébastien Lecornu pour un retour en arrière sur les retraites. Tout cela atteint plus que jamais le moral de ceux qui ont la responsabilité de l’économie du pays. Ils le disent et ont l’intention de se faire entendre plus fort encore, dans les mois à venir.
Mais au moment même où le Medef ouvrait ses rencontres, trois annonces sont venues simultanément indiquer que tout n’est pas perdu. Edouard Philippe a déclaré que, lui président, les indemnités de chômage seraient limitées à un an comme en Allemagne, pour les moins de 50 ans. Et on sait à quel point le chômage est attractif en cette douce France. De son côté, François Hollande a indiqué que, selon lui, il faut aller à 63 ans pour les départs en retraite. Une inflexion par rapport au discours ambiant à gauche, même si ce ne serait pas suffisant par rapport à tous nos voisins européens. Enfin Marylise Léon (CFDT) souhaite que les retraités aisés participent plus activement au redressement des comptes du pays. C’est une évidence, dans le contexte actuel, mais elle n’est pas très partagée dans le monde politique où on considère encore les retraités comme des intouchables. Même s’ils ont, comme François Hollande, des revenus mensuels à cinq chiffres.