Jakez Kerhoas a mis les voiles
Avec sa partenaire Anne Burlat, il a constitué le duo le plus emblématique des fêtes maritimes en Bretagne. Jakez Kerhoas a mis les voiles, à l’âge de 76 ans, laissant derrière lui les heures héroïques de ces grands rassemblements de vieux gréements qui ont contribué à forger l’image de la Bretagne. Et à singulièrement changer celle de Brest où ces rassemblements prirent leur dimension internationale.
Fils de Jacques Kerhoas, fondateur des classes de mer à Moulin Mer, dans la rade de Brest, il était tombé dans la vieille marine dès son jeune âge et fut la figure de proue des premiers rassemblements de Pors Beac’h (prononcez ber, pas bitch) au tournant des années 80. Ils trouvèrent un premier prolongement très prometteur à Douarnenez 86 et 88 avant de prendre un envol spectaculaire lors de Brest 92, provoquant un engouement dépassant tout ce que l’on avait pu connaître sur des quais bretons. Surtout le 14 juillet lorsque la Recouvrance, la goélette brestoise, fut mise à l’eau.
Avec ses compagnons douarnenistes du Chasse-Marée, Jakez Kerhoas avait réussi une performance majuscule : embarquer la Marine nationale dans l’aventure, ce qui n’était pas une mince affaire en des temps ou la ville de Brest et la Royale vivaient une sorte de paix froide, avec les murs de l’arsenal comme ligne de démarcation. Les organisateurs eurent la chance de tomber sur un préfet maritime très conciliant, Dominique Le Fèvre. Son successeur ne cacha pas qu’il n’aurait jamais autorisé l’ouverture de la Penfeld… Et à Brest, en ce temps-là, sans la Marine on ne pouvait rien faire. Avec elle, à l’inverse, on pouvait tout faire.
Avec la caution très active de son ami, l’amiral Stéphan, et l’assistance éclairée d’Anne Burlat, Jakez Kerhoas réussit à coordonner des équipes civiles et militaires pas habituées à travailler ensemble mais qui donnèrent le meilleur d’elles-mêmes dans le sillage de cet organisateur à l’épiderme chatouilleux et à la volonté farouche. Avec lui, rien ne devait entraver la bonne marche de ces rassemblements, pas même les règlements qu’il avait l’art d’accommoder ou de contourner pour que ces fêtes ne soient pas sans cesse bridées par des interdits.
Dans le sillage de Brest et Douarnenez, la Semaine de la voile dans le Golfe du Morbihan a ajouté une autre dimension à la fréquence de ces grands rassemblements de vieille marine. Ils ne sont pas pour rien dans l’attractivité de la Bretagne depuis que Jakez Kerhoas et quelques autres pionniers avaient ouvert la voie du côté de Pors Beac’h, au fond de la rade de Brest.