Gérard Larcher, le homard breton, repart pour un tour
Il a autant de risques de perdre son fauteuil que Mbappé d’être viré de l’équipe de France. Tranquille comme Baptiste, Gérard Larcher va pouvoir venir, comme chaque année, faire quelques parties de pêche à l’île de Batz, son havre breton, sans trop s’inquiéter de sa réélection à la tête du Sénat, à la rentrée de septembre.
En coulisses, la campagne électorale pour cette élection sénatoriale a démarré mais Larcher est tellement bien installé sur le perchoir que personne alentour n’est en mesure de venir contester sa prééminence dans cette chambre des sénateurs où, faut-il le rappeler, il n’y a jusqu’à présent ni RN, ni LFI, ce qui assure une certaine quiétude. Le sénateurs sont élus par un corps électoral constitué essentiellement d’élus communaux (maires et conseillers) et comme RN et LFI ne détenaient, jusqu’ici que très peu de communes, ils n’ont pas d’élus au Sénat. Après les récentes municipales, les choses vont un peu changer en septembre mais sans déséquilibrer une hiérarchie sénatoriale où LR et le PS sont les forces dominantes. Et d’autant moins que le Sénat n’est renouvelé que par moitié et que le siège de Larcher n’est pas renouvelable cette fois.
Il repart donc pour un tour et va donc conserver la présidence qu’il occupe depuis 2008, à l’exception d’une parenthèse de trois ans sous Hollande où le PS avait pris le pouvoir au Sénat pour le perdre aussitôt, à l’élection suivante. A ce poste, Larcher a longtemps incarné la stabilité et donné l’image d’un personnage placide et pacifique. Erreur ! C’est le gant de velours sur une pince de homard. Quand elle se referme, ça fait très mal, sans qu’il ait à beaucoup bouger. Jean-Pierre Raffarin en sut quelque chose quand il se mit en tête d’être candidat à la présidence du Sénat, après les trois ans d’intermède socialiste. Comment il s’est fait ramasser par Batzman !
Et Macron ? Lui qui se croyait sorti de la cuisine de Jupiter (dixit Coluche), quel gadin il s’est pris avec l’affaire Bardella. La commission d’enquête du Sénat, diligentée par l’aimable Larcher, a fait tomber Macron de l’Olympe où il s‘était un peu prématurément promu. Les macronistes avaient alors accusé le président du Sénat de diriger « un tribunal politique », ce qui n’empêcha pas Gérard Larcher de remettre le couvert avec son enquête à grande échelle sur la gestion du covid par le gouvernement. Avec une telle férocité que l’ex-ministre de la Santé, Agnès Buzyn, fut mise en examen par la Cour de Justice de la République pour mise en danger de la vie d’autrui.
Sur bien d’autres sujets comme les réformes fiscales ou les cabinets-conseil, le Sénat a joué son rôle de contre-pouvoir mais pour le plus grand bénéfice des deux extrêmes, RN et LFI, qui en ont fait leur miel. On pensait donc qu’avec l’échéance prochaine de la présidentielle, Larcher mettrait la pédale douce pour ne pas encore leur apporter matière à déverser leur fiel contre le bloc central. Erreur. Après l’émotion suscitée par le drame Lyanna, le président du Sénat vient d’annoncer le lancement d’une commission d’enquête sur les dysfonctionnements de la justice qui risque d’éclabousser les institutions et ceux qui gouvernent. A l’exception bien sûr du RN et de LFI qui n’ont jamais exercé de responsabilités gouvernementales et seront une fois encore les grands bénéficiaires d’un probable déballage. Sauf si Larcher mène une course de lenteur pour que rien ne sorte avant la présidentielle.