Mélenchon les maîtrise tous, sauf Bagayoko

Après avoir poussé ses insoumis à bordéliser la politique et brutaliser la vie publique, Jean-Luc Mélenchon prend à présent des allures de notaire de province. Forcément. Maintenant qu’il est candidat à la présidence de la République, plus question de pousser à la provocation gratuite, d’exciter le peuple et les gazettes et d’envoyer ses troupes, comme des essaims de drones, tapisser la politique de formules à fragmentation. Il doit calmer le jeu s’il veut se donner une stature présidentielle et atteindre cette respectabilité qu’à l’inverse de lui, Marine Le Pen cultive depuis des années, avec cravate pour tout le monde et pas de bazar à l’Assemblée. Le contraste a été frappant et il n’est pas certain que Mélenchon ait tiré plus de bénéfices avec sa stratégie foutraque, du moins en amorce d’une présidentielle. 

Donc maintenant, silence dans les rangs. Le chef des Insoumis a prié ses troupes de la mettre en veilleuse et de n’intervenir qu’à bon escient et quand les circonstances l’exigent. Avec priorité absolue à Mathilde Panot et Emmanuel Bompard pour porter la parole du parti. Les autres, au régime, pour que leurs sorties parfois incontrôlées ne viennent pas brouiller les messages du chef.
Certains d’ailleurs ont été priés de la fermer purement et simplement, comme l’aboyeur Louis  Boyard, député braillard et parfois débraillé. Depuis sa mémorable altercation avec Cyril
Hanouna, en plein direct télé, on ne l’a plus entendu alors qu’il était l’une des voix les
plus tonitruantes de la Chambre des députés.

Bagayoko, l’insoumis insoumis

Il y en a tout de même un qui semble ne pas avoir saisi le message, c’est le très clivant maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko. Alors lui, chaque fois qu’il remet une pièce dans le bastringue, on a l’impression qu’il fait gagner des voix au Rassemblement national. Sa sortie sur « l’insurrection populaire» qui pourrait répondre à une éventuelle victoire du RN à la présidentielle avait déjà provoqué un beau ramdam et généré des réprobations multiples, y compris du côté de la gauche. Et voilà qu’il a remis le couvert avec La Marseillaise qui, selon lui, peut être légitimement sifflée, nonobstant toute la charge symbolique qu’elle porte. Côté provoc’, Sandrine Rousseau va finir par passer pour une première communiante à côté de lui.

Certes, dans les deux cas, Bagayoko a fait marche arrière pour tenter d’atténuer la teneur de ses propos. Trop tard. Le Rassemblement national à sauté à pieds joints sur cette double occasion pour faire son miel dans les milieux populaires autres que celui des cités.

De toute évidence, Mélenchon ne maîtrise pas cet électron libre, sorte d’insoumis insoumis, qui semble plus penser à sa clientèle locale qu’à l’électorat national que vise maintenant le chef des Insoumis. Et cela interroge sur les ambitions nationales que pourrait cultiver Bally Bagayoko après la présidentielle, celle que Mélenchon, au vu des sondages, n’a aucune chance de gagner.

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