Retraites. L’Allemagne veut aller au-delà de 67 ans
Les retraites vont constituer un des thèmes majeurs de la campagne présidentielle. Et les candidats tout comme l’électorat français seraient bien inspirés de regarder ce qui se passe chez nos voisins et concurrents européens puisque notre pays est dans le déni le plus complet sur cette question existentielle. Peu à peu, les Européens grimpent les barreaux de l’échelle et visent les 67 ans à un horizon plus ou moins lointain. L’Allemagne vient même de décider, au milieu d’un train de mesures, d’envisager d’aller au delà des 67 ans pour faire face à la montée de l’espérance de vie et juguler les effets, sur les comptes de la nation, du choc industriel qu’elle subit actuellement, notamment dans son puissant secteur automobile.
Chez nos autres voisins aussi, on envisage de relever le curseur. Et au beau milieu, la France se distingue une fois encore puisque sous la contrainte menaçante du parti socialiste, Sébastien Lecornu a dû faire marche arrière sur les retraites et stopper à 62 ans et trois trimestres la montée progressive de l’âge de départ préalablement fixé à 64 ans. Alors que la France croule sous la dette, cette remise en cause est une hérésie tant le poids des retraités est devenu exorbitant sur le budget du pays, imposant aux actifs de lourdes charges salariales pour financer les pensions de 17 millions de retraités pour 30 millions d’actifs. Et même 22 millions seulement si l’on soustrait du total les fonctionnaires qui ne participent pas directement au produit intérieur brut (PIB) de la France.
Dans ce contexte alarmant, on pourrait s’attendre à un consensus sur l’impérieuse nécessité d’emboîter le pas de nos voisins sur les retraites. Mais c’est l’inverse qui se produit. Et plus encore en cette période de campagne présidentielle où la démagogie et le populisme, du côté des deux extrêmes, tendent à faire croire que la France pourrait être la seule maintenir un départ précoce à la retraite alors que les comptes du pays sont en rouge écarlate, étranglés par les déficits.
La comparaison avec l’Allemagne est édifiante. Outre Rhin, on serre tous les boulons alors que nous suivons le chemin inverse, ce qui rappelle furieusement le scénario des années 2000. L’Allemagne était alors l’homme malade de l’Europe et sous la férule du chancelier Schroeder, elle a pris des mesures drastiques pour relancer son économie juste au moment où la France mettait en œuvre les 35 heures, chef d’œuvre d’autodestruction programmée. Les résultats ne sont pas fait attendre et les deux pays voisins ont suivi des trajectoires économiques inverses, l’une renforçant son potentiel économique pendant que l’autre voyait fondre toute son industrie.
La leçon n’ayant pas été retenue, la France fait les yeux doux aux deux extrêmes, ceux qui proposent les mesures les plus favorables au départ ben retraite précoce. Prête à refaire le même plongeon qu’il y a vingt-cinq ans, en rejetant les candidats qui auront le courage de venir parler vrai.