Sans Pogacar tractant Del Toro, Seixas aurait fini 3e
Non mais ils plaisantent ou quoi ? Comment des spécialistes de cyclisme, et Laurent Jalabert lui-même, ont-il pu faire la fine bouche à l’arrivée du Tour parce que Paul Seixas n’a pas réussi à décrocher la troisième place ? A laisser percer une pointe de déception alors que le plus jeune engagé depuis près d’un siècle a réussi à tenir trois semaines sur ce chemin de croix qu’est un Tour de France. Une galère. Un calvaire. Et le gamin de 19 ans a décroché la quatrième place dans un scénario inédit où une équipe entière s’est ligué contre lui pour l’empêcher de monter sur le podium.
Car on n’avait jamais vu ça. Le maillot jaune du Tour de France, Tadej Pocajar, passant plusieurs jours à jouer les poissons-pilotes pour un de ses coéquipiers. A le tracter sur les routes de montagnes. D’ordinaire, c’est l’inverse. Ce sont les équipiers qui viennent épauler leur chef de file. Ici, Pogacar dominait tellement les débats qu’il n’a plus défendu sa couronne, si précocement acquise, mais s’est mis au service de Del Toro pour le faire monter sur la troisième place du podium. Car entre la troisième et la quatrième place du Tour, il y a plus qu’une marche. C’est un énorme promontoir pour la notoriété et la trace dans l’histoire du cyclisme.
Les circonstances ont montré que quand Pogacar n’était pas là pour le tirer vers le haut, le coureur mexicain terminait derrière le jeune Français. Chaque fois Seixas grignotait des secondes. Et on eut une double illustration dans cette avant-derrière étape de montagne où le jeune Français fut seul devant, menant crânement un peloton de contre-attaque, tandis que le duo suçait sa roue en se ménageant. Et quand le jeune Français accusa la fatigue de cet exercice un peu suicidaire, Del Toro fit un geste de la tête à Pogacar, bien visible à l’écran, pour que le Slovène attaque le premier et lui serve à nouveau de poisson-pilote. Les deux hommes creusèrent rapidement l’écart. Mais quand Pogajar décida de continuer seul, c’est le Mexicain qui montra toutes ses limites au point que Le Français revint et ne finit qu’à 4 secondes seulement de lui.
La preuve était doublement faite qu’avec Pogajar pour lui tracer la route, le Mexicain avait des ailes. Mais quand il était à nouveau seul, c’est Seixas qui était meilleur que lui. Donc pas de doute, Seixas était plus fort.
Et l’ultime étape sur les Champs Elysées, en apporta une autre curieuse illustration. On vit Del Toro lever longuement le bras pour montrer qu’il avait un ennui mécanique. Sa voiture vint le dépanner mais curieusement aucun équipier ne l’a attendu, lui le troisième du tour. Très étrange. Le Mexicain fit alors un numéro pour remonter jusqu’au peloton mais il baissa soudain les bras. Et se laissa couler dans un groupe de retardataires pour finir avec les anonymes. Curieux tout cela, très curieux. Comme si le scénario avait été écrit à l’avance. Un pseudo problème mécanique, aucun équipier qui ne l’attend, un numéro de soliste pour les caméras puis l’anonymat des attardés pour finir en roue libre, peinardement. Pas glorieux pour un troisième du Tour. Seixas, lui, a été constamment à la bagarre, en tête de course, pour essayer de mettre son sprinter Olav Kooij (Hol.) en bonne position. Une attitude et un panache dignes d’un podium qu’il aurait largement mérité. Parce qu’il le valait bien.