Désindexer les retraites, c’est la moindre des choses

Le budget 2027 va encore être un chemin de croix pour Sébastien Lecornu. Pire encore que l’an dernier car la guerre du Moyen-Orient, la sécheresse et les gigantesques incendies n’étaient pas programmés au chapitre des dépenses du pays. Ils ont surgi telle une reprise de feu, là ou Lecornu espérait un répit dans une actualité déjà incandescente. Ce sont donc encore des milliards à inscrire en dépenses imprévues, ce qui va plomber plus encore le projet de budget 2027, assurément l’un des plus complexes à boucler depuis les débuts de la Ve République. Et ni le RN ni la gauche ne vont faire de cadeau, sauf s’ils accordent pour une fois la priorité à l’intérêt supérieur du pays, ce qui jusqu’à présent n’a pas été leur principale préoccupation, comme on l’a vu avec le retour en arrière sur les retraites, calamiteux pour nos finances.

Alors, le gouvernement va devoir chercher de nouvelles recettes puisqu’il doit faire face à de nouvelles dépenses imprévues. Et parmi les mesures envisagées figure la désindexation des retraites les plus élevées, en épargnant les pensionnés modestes, comme l’a suggéré le ministre de l’Economie, Roland Lescure (photo). En clair, elles ne seraient pas augmentées cette année du taux de l’inflation, comme c’est déjà arrivé sous Hollande.

Autant le dire tout de suite, c’est la moindre des choses. Car devant le gouffre des dépenses et de la dette, ce ne serait qu’une goutte d’eau, susceptible de rapporter quelques milliards à compter avec les doigts d’une seule main. Un chiffre dérisoire quand on sait que le budget de notre Sécu est déficitaire de 20 milliards d’euros cette année. 20 milliards ! La branche vieillesse retraites est une des quatre composantes de ce service public de sécurité sociale qui regroupe aussi la maladie, la famille et les accidents professionnels.

Une mesure parmi d’autres

A elles seules, les retraites pèsent plus de 400 milliards chaque année et en prélever quatre ou cinq sur les pensionnés les plus aisés ne représenterait qu’un petit bout de sparadrap. Un rien auquel il faudrait ajouter bien d’autres mesures touchant d’autres secteurs et catégories. Et cette impasse serait relativement indolore, surtout si l’on sait que la France est le pays en Europe  qui soigne le plus ses retraités par rapport aux actifs.

Donc il y aurait de l’indécence de la part des retraités aisés à se plaindre de ce traitement. La logique arithmétique imposerait, au contraire, qu’ils participent bien plus au comblement des déficits que les actifs (et nos enfants) ne peuvent pas seuls résorber. Leur participation au rééquilibrage des comptes est du reste de leur propre intérêt. Quand tout a dérapé en Grèce, en Espagne ou au Portugal qui a trinqué en premier ? Les retraités. Jusqu’à 20 où 30 % de baisse immédiate. Très simple à faire : on fixe le chiffre, on appuie sur un bouton et toutes les retraites sont tondues sur le champ.

S’ils veulent éviter ce scénario catastrophe qui semble se profiler chaque année un peu plus, les retraités ont tout intérêt à ramer eux aussi, sur notre radeau de la Méduse. Et à ne surtout pas se plaindre d’une éventuelle désindexation, mesure relativement indolore, alors que le gouffre de nos déficits nécessiterait des mesures bien plus radicales. 

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