Peut-on parler de travail quand on a autant de congés ?

De la musique toute la journée. France-Inter, la radio du service public, était en grève ce lundi, ce qui est relativement fréquent sur cette antenne.  Mais la cause de l’arrêt de travail sort de l’ordinaire. C’est pour s’opposer au recrutement comme chroniqueur hebdomadaire d’un journaliste de Valeurs actuelles, Charles Sapin, que le personnel a décidé de cesser le travail. Pour une seule chronique par semaine, pas plus. Alors qu’un confrère comme Thomas Legrand, éditorialiste de Libération et homme de gauche autoproclamé, a eu longtemps sa chronique sur France-Inter, le personnel a mis son véto à l’arrivée d’un journaliste de droite, appartenant à un journal qui a pignon sur rue et des opinions bien tranchées, comme Libération en a quand ce journal parle de ses opposants politiques ou des grands sujets de société.

Ce mouvement de grève, c’est une évidence, tombe doublement à côté de la plaque. Au moment où s’ouvre une campagne électorale présidentielle, la reine des élections, comment le personnel peut-il s’opposer à l’expression d’un courant de pensée aussi important alors que le service public doit faire preuve d’équité et d’impartialité ? C’est invraisemblable. Et ce mouvement confine à l’absurdité car il donne tout à fait raison à Charles Alloncle, rapporteur d’une commission d’enquête sur l’audiovisuel public qui a fait beaucoup de bruit. Il avait notamment mis en doute l’impartialité et l’objectivité des journalistes au sein de ce service public. Le personnel de France-Inter lui livre, sur un plateau, une preuve irréfutable de ce qu’il avance et qui lui a été beaucoup reproché. Il va pouvoir dire merci à France-Inter pour lui avoir si rapidement donné raison.

Sujet tabou

Mais cette radio de service public ne se distingue pas seulement par son manque d’équité éditoriale. Il y a aussi des sujets qu’elle n’aborde pas. Si elle fait régulièrement la chasse aux patrons, elle n’évoque jamais une des grandes causes du gouffre de nos déficits : la France ne travaille pas assez et pas assez longtemps. Le sujet est rarement abordé dans sa sécheresse arithmétique et on n’a pas souvenir d’y avoir entendu des journalistes de France-Inter dénoncer les effets des 35 heures, réforme avec laquelle le pays s’est tiré une rafale dans le pied.

Non, les journalistes de Radio France n’abordent pas ces sujets pour une raison bien simple : ils ont 14 semaines de congés par an, aux frais du contribuable. 14 semaines, soit près de trois mois et demi de vacances. Et 10 semaines pour le reste du personnel. Comment parler de travail quand on a autant de congés, comment dire aux Français qu’il faudrait travailler plus quand on passe autant de temps en repos, comme la Cour des comptes en a elle même fait le reproche ? C’est parce que les journalistes ont de horaires atypiques, a plaidé la direction Sauf que c’est le cas pour bon nombre de journalistes d’autres médias qui travaillent aussi la nuit ou les dimanches et jours fériés. Et si ce critère devait être partout pris en compte, les boulangers et les routiers auraient six mois de congés annuels.

Ces questions là aussi mériteraient d’être abordées. Mais comme France-Inter est devenue une chasse gardée, ce n’est pas là qu’on trouvera des braconniers pour lever quelques lièvres.

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