Bretagne. La canicule va-t-elle faire proliférer les rats ?

 En Bretagne, depuis quelques semaines, on signale ici et là le passage de rats dans des lieux où leur présence n’avait pas été relevée ces dernières années. Faut-il s’en étonner ? Nullement, quand on remonte le temps et les archives de l’année 1977, celle qui suivit la grande sécheresse de 1976, il y a cinquante ans tout juste.

Que s’est-il passé durant le printemps et l’été de cette année-là ? Une sécheresse inédite a régné sur la Bretagne, sans atteindre toutefois les températures caniculaires enregistrées cet été. Le ciel avait décidé de fermer les vannes, y compris durant l’hiver et le printemps qui furent particulièrement arides. Une catastrophe pour tout le secteur agricole breton, le plus touché de l’Hexagone et qui ne dut son salut qu’au fameux impôt sécheresse pour éponger de vertigineuses chutes de rendement.

Eté sec, hiver doux

Sur le coup, on ne fit pas vraiment attention à un phénomène simultané. Privés de nourritures et de leurs points d’eau habituels (ruisseau, mares…) les rats et les campagnols se rapprochèrent des bâtiments de fermes mais aussi des habitations où les caves, les sous-sols, les vides sanitaires abritent de la chaleur, mettent à disposition des points d’eau le long des canalisations ou dans les jardins arrosés et offrent, en prime, des fenêtres et des portes ouvertes en raison des températures élevées.

Ce n’est qu’au printemps suivant que l’on prit conscience de cette présence d’importantes colonies de rats dans le secteur habité, avec la conjonction d’une autre particularité climatique : l’hiver 1976 fut très doux. Or, les hivers rigoureux qui sévissaient encore à cette époque permettaient de réguler les populations de rongeurs. Un hiver très froid laminait la reproduction et les effectifs de jeunes. Rien de cela en cet hiver 1976-1977.

Si bien qu’au printemps il devint manifeste que les rats s’étaient multipliés dans les zones habitées, à cause de la sécheresse puis de la douceur de l’hiver, et il fallut mener des campagnes de dératisation pour juguler cete population invasive. Quand on sait qu’une femelle peut donner naissance à une dizaine de petits par mois qui, eux-mêmes, sont capables de se reproduire dès cinq semaines, on peut culminer à 5.000 descendants pour un couple, en une année, dans l’hypothèse la plus haute. C’est vertigineux.

Autant dire qu’il va falloir être très vigilants dans les prochains mois et ne pas négliger ces crottes le long des murs qui sont souvent le premier indicateur de présence des rats. Maintenant que les hivers sont de plus en plus doux, ce ne sont pas la neige et le gel qui vont décapiter les effectifs des envahisseurs. Et la situation pourrait même être pire encore qu’en 1977 car les grandes décharges à ciel ouvert qui abritaient de nombreuses colonies de rats ont aujourd’hui disparu. Elles sont remplacées par ces monticules de restes liés à la restauration rapide et aux poubelles éventrées, toujours très proches des habitations…

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