Mélenchon excite les lycéens mais ménage Bardella

Un agent de l’Education nationale, essayant d’éteindre un feu de poubelle, se fait plaquer au sol et maltraiter par des jeunes hystériques ! Le mouvement lycéen donne lieu à des images sidérantes, tant le déchainement de violence prend une nouvelle fois le dessus. En provoquant, en retour, des réactions des forces de l’ordre, saisies par des dizaines de portables filmant les scènes pour les diffuser aussitôt sur les réseaux sociaux. Et en offrant ainsi, sur un plateau, l’occasion à Mélenchon de donner de la voix pour s’élever contre « la sauvagerie » de la police, comme il vient de le dire.

Depuis quelques années le scénario est toujours le même. Et à la fin, c’est Mélenchon qui gagne. Tous ces désordres, toute cette brutalisation qu’il a appelée de ses vœux, lui font engranger des voix chez les jeunes et dans les grandes cités urbaines, cœurs de cible de ses visées électorales. L’intérêt général et la paix sociale, il s’assoit dessus, engagé qu’il est dans le marathon des sondages présidentiels au bout duquel il espère décrocher la deuxième place. Alors, lui et son clan font tout pour exciter les jeunes , avec Bally Bagayoko pour chef des picadors. Dans ce mouvement parti de Seine-Saint-Denis, le maire de la ville du même nom joue sur du velours, allant jusqu’à encourager les jeunes à la porte de leur lycée, n’hésitant pas à faire des pas de danse devant une poubelle en feu tandis que les lycéens scandent son nom. Du grand théâtre de rue.

Service minimum

Le zèle offensif déployé par Mélenchon et les siens contraste singulièrement avec la discrétion dont ils font preuve dans l’affaire Bardella qui provoque pourtant une déferlante médiatique. Le chef de file des insoumis a fait le service minimum. Il a dénoncé « des déclarations complotistes et antisémites », mais en indiquant aussitôt qu’il voulait « prendre connaissance précisément de l’article avant de faire des accusations définitives ». Elle est bonne celle-là ! Mélenchon prenant des gants en affichant une prudence d’élève de première année de Science Po… D’ordinaire, il ne s’embarrasse pas de circonvolutions sémantiques. Il sort l’artillerie  avant même d’avoir lu quoi que ce soit, si c’est déjà dans le maelström médiatique. Quant à son bras droit, Manuel Bompard, il n’a pas été beaucoup  plus offensif, se contentant de quelques formules convenues, dans une longue interview sur France Inter où ce sujet a été vite évincé par rapport au tintamarre qu’il provoque.

Cette pondération, inhabituelle chez les insoumis, est une nouvelle traduction d’une stratégie constante. LFI a besoin du FN pour exister. C’est presque sa raison d’être et un affaiblissement du parti de Marine Le Pen ne serait pas bon pour Mélenchon, surtout si des sympathisants tournent le dos pour antisémitisme au RN. Ce n’est pas vers les insoumis qu’ils iront, souvent taxés d’antisémitisme eux-mêmes, et plus encore depuis que Mélenchon, s’est amusé à deux reprises,  à déclamer des noms propres (dont Glucksmann) en insistant lourdement sur la dernière consonne à sonorité juive. Il a déclenché des nuées de soupçons antisémites. Le risque pour lui, ce serait donc que ces électeurs RN fâchés par l’affaire Bardella se tournent plutôt vers le bloc central, ce qui ne  serait pas très bon pour la course à la seconde place. Raison pour laquelle, contrairement à son habitude, Mélenchon ménage le RN, faisant preuve d’une mansuétude pas très courante dans sa stratégie de brutalisation tous azimuts.

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