« Esprit gilets jaunes es-tu là ? »
Le temps se gâte. Le début d’année 2026 s’annonçait plutôt favorablement sur le front de l’économie et quelques indicateurs récents, comme la baisse du nombre de chômeurs en ce premier trimestre 2026, témoignent que les fondamentaux étaient plutôt bon. Mais le coup d’arrêt est brutal. La guerre d’Iran que Trump annonçait en mode express, est en train de s’installer dans la durée. La planète entière en ressent les effets, l’envolée du pétrole ne se dément pas et le coup de pompe est général.
Avec 0% de croissance en ce premier trimestre et des perspectives qui s’assombrissent au fil des jours, le moral des Français en prend un coup. Et voilà que ressurgissent un peu partout les références aux gilets jaunes, l’odeur de l’essence et le porte-monnaie en berne constituant un cocktail bien dosé pour un retour vers les ronds-points.
Et pourtant, malgré les appels du pied, malgré les manœuvres du RN et de LFI qui ont tout intérêt à ce que le pays soit à nouveau secoué, l’esprit gilet jaune a du mal à refaire surface. Il est vrai qu’après avoir plutôt bien démarré en novembre 2018 sur des revendications légitimes, il était parti en quenouille deux mois plus tard quand la politique avait pris le pas sur le social et les extrémistes sur les légitimistes. La Bretonne Jacqline Mouraud, une des initiatrices du mouvement (notre photo), fut violemment harcelée sur les réseaux par les nouveaux meneurs. La fin des gilets jaunes fut loin d’être glorieuse et le pays n’en a pas gardé un souvenir digne de nourrir des regrets et des envies de le voir repartir de plus belle.
Dans cette relative résilience actuelle des Français, peut-être faut-il voir aussi une prise de conscience de la situation réelle dans laquelle se trouve le pays. Pendant longtemps la voix des populistes a couvert celle des alarmistes et le déni a étouffé la réalité. Mais cette fois, nos déficits atteignent des profondeurs trop abyssales pour qu’on puisse faire comme si de rien n’était en retournant tout casser dans les rues. Au risque de donner à nouveau des idées aux jeunes des quartiers dits sensibles.
Du reste, depuis un an ou deux, on a pu constater à quel point les appels à de grandes manifestations, notamment de la part de la CGT, ont eu du mal à mobiliser. Tout comme le mouvement « Bloquons tout » ou même le défilé de ce 1er-Mai, moins fourni que celui de l’an dernier qui ne fut pourtant pas une grande édition.
De tout évidence, quelque chose est en train de changer dans le tempérament râleur des Français. Peut-être est-ce la prise de conscience que donner le pouvoir à la rue, c’est la céder aux extrémistes, faire descendre les black blocks sur le pavé et inciter les jeunes des quartiers à mettre eux aussi le feu. Dans l’état où il est, le pays peut-il encore se permettre de choisir la politique du pire ?