Se souvenir de Bernie pour ne pas être bernés

Du haut de son pupitre, elle se retourne et fusille du regard son mari semblant conter fleurette à une jolie blonde. Et lui de se raidir aussitôt, comme un gamin surpris en trrain de feulleter un magazine pour adultes… Cette scène restera l’une des plus savoureuses du couple Chirac et à défaut d’ajouter à la stature présidentielle, elle contribuera à rendre encore plus populaires l’époux un tantinet volage et l’épouse sortant de l’ombre pour incarner une femme au très fort caractère. Ils sont un couple comme les autres, avec des hauts et des bas, et les Français aiment ça.

Tout au long du week-end, des milliers de documents d’époque sont venus retracer la vie de Bernadette Chirac et montrer qu’elle fut moins effacée qu’on ne le crut, dans la première moitié de sa vie, elle qui tint tête à toute sa famille Chodron de Courcel pour épouser ce jeune homme qu’aucune particule ne mettait à la hauteur de la lignée familiale. Et si elle s’effaça souvent, ce fut au profit de la carrière de son époux que rien ne devait entraver. « Lui homme de pouvoir, elle femme de devoir », résume Roseline Bachelot.

 » Elle l’avait prédit « 

Sur le plan politique aussi, celle qui fut plus tard affectueusement surnommée Bernie démontra qu’elle avait du flair et qu’elle était moins cruche que ses détracteurs ne le disaient. Ainsi en cette soirée de 2002 où la télévision dévoila les portraits des deux qualifiés pour le second tour de la présidentielle, le tandem inattendu Chirac-Le Pen. Déflagration nationale ! Plusieurs témoins affirment qu’en voyant cette image à la télé, Jacques Chirac avait déclaré : « Elle me l’avait dit ». Son épouse avait prédit que Le Pen serait au second tour ce que pratiquement personne n’avait vu venir. La gauche était tellement robuste…

Si robuste qu’elle comptait pas moins de six représentants sur la ligne de départ : Lionel Jospin, Premier ministre sortant (16,17%), Arlette Laguiller, Lutte ouvrière (5,32%), Jean-Pierre Chevènement, Mouvement des citoyens (5,32%) Noël Mamère, Les Verts (5,24%) Olivier Besancenot, Ligue communiste révolutionnaire (4,24%), Robert Hue PCF (3,37%). La gauche, dans ce premier tour, totalisera plus de voix que Chirac et Le Pen réunis. Et pourtant, c’est elle qui sombra corps et biens puisque contrairement à Bernadette Chirac, elle n’avait pas vu l’iceberg qui se dressait devant elle.

Alors pourrait-on vivre le même scénario en 2027 ? Si le bloc central multiplie les candidatures, il offrira assurément le second tour à Mélenchon,même s’il ne fait qu’un score du même ordre que celui de Le Pen en 2002. Face aux deux extrêmes, les « raisonnables » du centre de l’échiquier vont devoir bien mesurer les enjeux. Et se souvenir de Bernie pour ne pas être bernés.

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