La haine des riches recule en France
« Je hais les riches ». Non, François Hollande n’a jamais prononcé cette phrase qu’on lui prête. Il a dit en réalité « Je n’aime pas les riches, j’en conviens », déclaration plus nuancée mais qui devint extravagante lorsqu’il ajouta, dans la foulée, qu’il estimait à 4.000 euros le seuil d’entrée dans la richesse qu’il réprouve. Autant dire que cela faisait beaucoup de monde qu’il ne pouvait pas encadrer. Ce qui l’amena, à son entrée à l’Elysée, à lancer ce fameux impôt à 75 % qui fit fuir bien des investisseurs potentiels alors que sa loi ne put même pas être appliquée car jugée inconstitutionnelle.
Dans bien des pays européens de telles numéros de funambules auraient valu exclusion de la vie politique. Mais chez nous, et malgré sa fameuse reculade de 2017, Hollande reste une personnalité politique de premier plan et peut-être même un recours pour la gauche social-démocrate, en 2027. Il est vrai que la France se singularise depuis longtemps par sa haine des riches, lointain héritage des sans-culottes qui n’a pas son équivalent chez nos voisins européens. Les Français se sont donc plutôt reconnus dans les déclarations de Hollande qui, aujourd’hui, a des revenus mensuels (retraites, livres…) à cinq chiffres. Bien au-delà des 4.000 euros des rupins qu’il n’aime pas.
Baisse de 80 à 68 %
Mais à moins d’un an de la présidentielle, cette hostilité envers les riches est-elle toujours aussi prononcée ? Non, a récemment répondu un sondage Odoxa pour le magazine Challenges, passé un peu inaperçu dans une actualité écrasée par la canicule et les incendies de forêts. Que dit-il, ce sondage ? Que ce sentiment anti-riches a nettement fléchi ces deux dernières années et que la part des Français souhaitant que l’on taxe davantage les riches est tombée à 68 % alors qu’elle était à 80 %, il y a à peine deux ans. 68 %, ça fait encore deux Français sur trois et ce n’est pas rien. Mais la perte de 12 points en deux ans seulement, probablement consécutive au choc provoqué par la prise de conscience de la gravité de l’état de nos finances publiques, semble montrer une véritable inflexion.
Elle est encore plus manifeste quand on demande aux sondés s’il faudrait taxer encore plus lourdement les entreprises. 63 % pensent que ce serait une mauvaise idée alors qu’il y a deux, ils étaient 56 % à être, au contraire, pour une plus forte taxation. Un renversement spectaculaire. Et toutes les couches de la population sont concernées, y compris les jeunes, indique ce sondage.
Surtout au RN
Par couleur politique, les réponses restent stables du côté du bloc central, déjà très majoritairement opposé aux aggravations fiscales pour les riches dans le pays le plus taxé d’Europe. En revanche, la baisse est sensible chez les sympathisants de gauche, baissant de 91,4 % à 84,1 % favorables à la taxation supplémentaire mais c’est chez les électeurs du RN que la culbute est la plus marquante en deux ans, passés de 77 % à 60 %. Sans doute faut-il y voir une incidence du discours pro-business de Bardella après son rapprochement avec le Medef. Elle dit peut-être aussi de la droitisation actuelle de la France, pays où l’État perçoit déjà beaucoup d’impôts pour un résultat pas vraiment flatteur. Ce qui amène de plus en plus de Français à s’interroger sur la pertinence d’une fiscalité aggravée.