Sur la plage ensoleillée, tatouages et crustacés…
Les plages font le plein cet été et jamais on n’a vu autant de tatouages arpenter les bords de mer et le sable fin. Après tout, ils sont là pour être vus et on imagine que c’était également le cas pour les premiers hommes qui se sont livrés à cet art venu de la préhistoire. La tatouage est une démarche individuelle mais il est là pour être montré comme l’affirmation de sa personnalité, l’appartenance à une collectivité, à une histoire à un genre. Et pour signifier de visu qu’on est seul maître de son corps et qu’on en fait ce que que l’on veut, même si le résultat est parfois très éloigné des canons de l’esthétique.
Si des enquêtes démontrent que 40 % environ des 25-34 ans sont aujourd’hui tatoués, si l’on sait que le nombre de tatoueurs (plus de 5.000 aujourd’hui en France) a explosé en quelques années, on ne dispose pas en revanche d’étude exhaustives et détaillées sur les choix de motifs. Et encore moins sur les particularismes régionaux. On peut toutefois penser que les tatouages sur les plages bretonnes sont moins exubérants que ceux des plages méditerranéennes pour plusieurs raisons.
La première, c’est que les Bretons sont moins démonstratifs, moins excessifs que les habitants de Marseille ou Palavas-les-Flots et qu’en conséquence, la surface tatouée et les motifs représentés sont, en général, moins baroques que sur nombre d’épidermes des gens du sud. Il est vrai qu’en Bretagne, le poids de la religion a longtemps régi les rapports avec le corps, les réduisant au strict minimum. Il subsiste sans doute un petit quelque chose de ces interdits.
La seconde raison, c’est que les touristes fréquentant la Bretagne sont eux aussi différents de ceux des rivages méditerranéens. Là bas, on cherche beaucoup à se montrer alors que les touristes choisissant la Bretagne recherchent plutôt une certaine discrétion. Et ils en attendent autant de leurs voisins de plage. Ce qui laisse supposer que, comme pour les Bretons eux-mêmes, les tatouages des touristes d’Armorique sont plus discrets que ceux des rivages de La grande bleue.
La différence tient aussi au climat des deux régions. Là-bas, l’été c’est six mois de l’année. Ici en Bretagne, c’est généralement deux mois pas plus (sauf cette année…) et pour un temps d’exposition si limité, il n’est pas très rentable de se faire tatouer la Joconde sur le torse et le Radeau de la Méduse sur le dos.
Simples suppositions non documentées. Mais ceux qui ont récemment eu l’occasion de fréquenter les rivages des deux régions ont sans doute relevé que les tatouages du sud sont plus débordants que ceux de l’ouest. Mais avec un particularisme tout de même bien identifié : si sur la plage, vous croisez des tatouages avec des croix celtiques, des hermines, des BZH sur les bras ou des gwen-ha-du sur l’épaule, c’est que vous avez fait le bon choix de villégiature. Et qu’il vous faut profiter de ces beaux moments avant que la ritournelle d’arrière-saison ne nous ramène la voix nostalgique de Bardot fredonnant langoureusement « Sur la plage abandonnée, coquillages et crustacés… »