France Inter. Circulez, y’a rien à voir !
« La liberté de la presse ne s’use que quand on ne s’en sert pas ». Porteur de cette fière devise, le Canard Enchaîné est une référence nationale. On attendait donc de savoir comment ce pilier de la liberté de la presse et du pluralisme d’opinion allait juger la désastreuse affaire France-Inter où le personnel s’est mis en grève contre l’arrivée d’un journaliste du magazine de droite, Valeurs actuelles, auquel la direction a confié une chronique hebdomadaire. Une seule par semaine, comme ce fut le cas pour Libération, journal de gauche.
Face à ce mouvement de grève, la direction a piteusement fait marche arrière et supprimé cette chronique, ce qui a donné lieu à des réactions outrées dans nombre de médias et généré un malaise au sein même de la radio. Le Canard Enchaîné allait-il lui aussi défendre farouchement le pluralisme et la liberté de la presse ? Hélas non. Dans un éditorial en « une », il met en cause Charles Alloncle, rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel qui a fait beaucoup de bruit, et la direction de France Inter, pour avoir fait ce choix de Valeurs actuelles. Point final. Circulez, y’a rien à voir.
L’an dernier, les dirigeants du Canard Enchaîné ont reconnu que leur journal a perdu 10 % de lecteurs en un an, en s’interrogeant sur les causes de cette brutale érosion. Avec l’affaire France Inter, radio de service public qui refuse la pluralité des opinions, ils ont un beau sujet de réflexion.