Audiovisuel public. Le sale gosse dans la cour des grands
Le rapport de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public sera-t-il publié ou enterré ? Ce lundi, les 31 députés de cette commission doivent trancher. Et cette seule interrogation situe le niveau de crispation atteint par le déroulé de cette commission d’enquête hors normes qui aura procédé à 70 auditions parfois tendues et très médiatisées. Avec défilé de personnalités de l’audiovisuel mais aussi de grands patrons se trouvant sous le feu des questions et bien souvent des critiques virulentes du rapporteur de cette commission, le député Charles Alloncle. Un proche d’Eric Ciotti, semblant sorti de nulle part en s’érigeant en procureur de l’audiovisuel public avec des méthodes et un culot hors normes.
Un sale gosse dans la cour des grands mais dont les outrances verbales ont fait sauter le couvercle de cette marmite faisant parfois bouillir de drôles de tambouilles. Charles Alloncle a usé des techniques les plus radicales, tweetant même en direct les réponses des auditionnés et captant ainsi l’espace médiatique en collant des réponses parfois déformées à ses commentaires cinglants. Son comportement a même irrité le président de cette commission et on fut à plusieurs reprises au bord du clash. Mais tous deux ont tenu bon en orchestrant à deux mains le plus grand déballage de l’histoire de l’audiovisuel public.
Et des grands noms, on en a vu défiler, comme Vincent Bolloré, plutôt ménagé par Alloncle, ce qui a déclenché un procès en collussion. On vit aussi Xavier Niel, le Pdg de Free, se lançant dans une longue diatribe contre Charles Alloncle, ponctuée par une question cinglante de ce dernier « Vous vous croyez où ? » . Au fil des séances, on vit aussi Rachida Dati accusant le magazine Complément d’enquête de soudoyer un membre de sa famille pour obtenir des informations, Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, se faire rudoyer par le rapporteur sur le lourd déficit France Télévisions, l’animateur Nagui s’estimant jeté « en pâture », ou encore le journaliste Patrick Cohen, mis en cause et se défendant en accusant les médias de la galaxie Bolloré « et leurs méthodes de barbouzes ». Et bien d’autres interrogatoires serrés laissant peu de place à la détente dans cette commission que le président décida même de suspendre pendant un mois pour que les esprits se calment.
Ce fut aussi l’occasion d’apprendre que certains membres de l’audiovisuel public signent des contrats avantageux pour des boîtes du privé qu’ils vont ensuite rejoindre, qu’au festival de Cannes, l’audiovisuel public s’offre des dépenses somptuaires, que les frais de taxi chez France Télévisions atteignent des sommets ou encore que les journalistes de France-Télévisions ont 14 semaines de congés payés (par le contribuable !).
Les séances de cette commission ont déjà généré des milliers d’articles et reportages dans les médias et on attend maintenant de savoir si tout cela va être consigné dans un document unique, à portée de tous et sûrement très acide puisque rédigé par Charles Alloncle lui-même. Réponse lundi. Mais quelle qu’elle soit, rien ne sera comme avant dans l’audiovisuel public. Malgré des méthodes parfois condamnables, le jeune député-procureur a permis de mettre en lumière des façons contestables de dépenser 4 milliards d’argent public chaque année dans un système d’entre-soit parfois suspect. Et maintenant trop étalé dans la débat public pour que les dirigeants de France-Télévisions puissent continuer à penser qu’ils n’ont aucun compte à rendre aux contribuables qui les financent.