Devant Trump la géniale trouvaille de Charles III

Comment faut-il parler à Trump ? Tous les dirigeants du monde se posent la question, au cas où quelque chose leur tomberait sur la tête, venant en droite ligne du Bureau ovale. S’ils sont à cours d’inspiration, on leur conseille de réécouter le discours de Charles III devant le Congrès américain qui restera à la diplomatie ce que PSG-Bayern fut au football.

Car Trump a beau avoir quelques appétences pour le bling-bling de la famille royale britannique, les relations sont très tendues entre les deux pays depuis que le président américain a dans le nez Keir Starmer, le Premier ministre du Royaume Uni. D’abord parce qu’il est travailliste, ce qui correspond à marxiste-léniniste sur l’échelle trumpienne, mais de surcroît, l’Anglais s’est permis des commentaires très critiques à l’encontre du président américain qui n’a toujours pas digéré cette entorse à l’esprit de l’Alliance atlantique, ces relations privilégiées qu’entretiennent les deux pays depuis des lustres.

La roi Charles III arrivait donc en terre de mission mais il a su trouver les mots qu’il faut en usant de l’arme britannique la plus désarmante : l’humour. Et il a fait l’unanimité en lançant soudain  à ses hôtes « Sans nous, aujourd’hui vous parleriez français ». Cette référence au lointain passé sur le sol américain fut saluée d’un immense éclat de rire puisqu’elle est subtilement inspirée de la fameuse saillie de Donald Trump qui avait un jour déclaré à l’adresse de Macron et des Français « Sans nous, aujourd’hui vous parleriez allemand ».

En agissant ainsi, il a envoyé une petite pique à Trump mais il a surtout mis en pratique ce biais stratégique qu’utilisent des dirigeants, voire même les simples amis ou voisins, quand il s’agit de faire baisser la tension entre eux : se rabibocher sur le dos d’une troisième partie qu’ils tiennent pour souffre-douleur commun. En ramenant ainsi les Français sur la table, Charles III a réactivé le « french bashing », cette tendance commune aux deux pays à ironiser sur les mœurs des Français bouffeurs de grenouilles, leur arrogance présumée et leurs dirigeants. Elle a connu un sommet sous Hollande, cible d’une campagne féroce car bien qu’énarque, il n’est pas capable d’aligner trois phrases en anglais (son fameux « we can be do… ») et qu’avec son casque et son scooter, il leur a offert, sur un plateau, un summum du ridicule.

Mais la question se pose : Charles III a-t-il eu lui-même cette géniale inspiration, combinant humour et stratégie, ou lui a-t-elle été soufflée par un des communicants de Buckingham qui préparent toujours les déclarations du souverain ? Connaissant son amitié et son respect pour la France, on pencherait plutôt pour la seconde hypothèse. Alors Friedrich Merz, le chancelier allemand devrait passer un coup de fil au directeur de la com de Buckingham car il s’est mis à dos Donald Trump pour avoir récemment déclaré « L’Iran humilie les Etats-Unis ». Furieux, Trump envisage maintenant de retirer des forces américaines basées en Allemagne pour la protection du pays. Merz a donc intérêt à vite trouver quelqu’un pour lui inspirer les mots qu’il faut. Et si possible en anglais.

Dans le sillage de cette visite, Donald Trump a annoncé vendredi qu’il suspend les taxes sur le whisky écossais. Un marché d’environ un milliard d’euros par an. Good job, Charles !

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