Ne venez pas, ici aussi y’a canicule !
Nous sommes en 2003 après Jésus-Christ. Tout le pays est écrasé par la chaleur. Tout ? Non, à l’Ouest, la lointaine armorique résiste à la canicule et garde sa fraîcheur. L’histoire pourrait ainsi commencer pour rappeler un épisode qui a marqué la période contemporaine de la Bretagne, par le changement d’image de la région. Jusqu’alors considérée comme une zone humide et frisquette, donc peu fréquentable, le territoire armoricain devenait soudain, en cette année 2003, terre d’accueil pour réfugiés climatiques cherchant à fuir les affres du réchauffement.
Jusqu’alors, il n’était ici question que de pluie qui ne mouille que les cons, de dictons toujours rabâchés et d’images pas toujours flatteuses. Changement radical avec la Bretagne terre d’accueil. En cette année 2003, le regard des Français a changé et l’attractivité post-caniculeaire de la Bretagne a généré les premières tensions sur l’immobilier, surtout sur le littoral devenu encore plus attirant.
Puis un second événement allait venir amplifier le phénomène : la révolution numérique. Voilà qu’avec elle, on pouvait maintenant travailler aussi bien de l’île d’Ouessant que de l’ile Saint-Louis à Paris, par la grâce des nouvelles technologies qui abolissent les distances. Les pressions sur l’immobilier sont devenues plus fortes encore, tournant même au tsunami quand le phénomène Airbnb est venu s’ajouter au confort du télétravail. La pression sur l’immobilier est devenue un problème majeur.
Alors, avec cette nouvelle période caniculaire, ne nous plaignons pas trop d’être nous aussi touchés par la chaleur. Car maintenant que toute la France est sous le poids de la canicule, imaginons l’effet si les cartes météo présentaient des températures bretonnes inférieures de 10 ou 12 degrés par rapport à la France d’en-face, en surchauffe caniculaire… L’envie de Bretagne serait décuplée alors que bien des territoires littoraux de la région sont maintenant saturés.
Donc, grâce au ciel, la Bretagne n’est plus une exception. Ici aussi ça chauffe et s’il y a un message à faire passer, ce serait plutôt « Ne venez pas, ici aussi y’a canicule ». Un message qui ne vaut pas pour les touristes, bien sûr. Ils sont les bienvenus et bénéficient d’un titre de séjour mais à titre temporaire. Et en respectant les lieux où ils mettent les pieds.