Finistère. D’anciennes carrières pour stocker l’eau
Le troisième épisode de canicule pose de manière encore plus cruciale le problème de l’alimentation en eau de la pointe bretonne. Ici elle tombe en abondance mais la nature des sols, sans grand réservoir naturel, la renvoie en trop grande quantité à la mer. Conséquence : le Finistère, département particulièrement concerné, est dépendant à 70 % de ses eaux de surface alors qu’ailleurs dans le pays, ce sont plutôt les eaux souterraines qui assurent le gros du débit.
Alors quand arrivent l’été, la sécheresse et les grandes chaleurs de ces temps nouveaux, comment stocker de l’eau en quantité suffisante pour les multiples usages d’un territoire à forte affluence touristique ? Construire un nouveau barrage ? Non. Utiliser plutôt l’existant en transformant d’anciennes carrières en réservoir d’eau, a répondu le conseil départemental du Finistère sous l’impulsion de son président Maël de Calan, dans une démarche bien éloignée de l’époque où fut envisagée la construction d’un grand barrage à Lemezec, non loin de Carhaix, dans les années 80. Une tentative avortée tant la contestation gagna toute cette partie du Centre-Bretagne. Noyer toute une vallée n’était pas du goût des populations locales alors qu’en aval, on voyait plutôt d’un bon œil un ouvrage écrêteur de crues en hiver et pourvoyeur d’eau en été.
Des carrières abandonnées, il y en a dans le département. Mais cette solution ne pouvait pas être envisagée à une époque, pas si lointaine, où elles étaient toutes étaient encore en activité. Il y a bien plus d’opportunités, aujourd’hui, d’en faire des réservoirs naturels. Et l’idée est d’autant plus séduisante que contrairement aux mégabassines, ici on ne pompe pas dans l’eau souterraine. Il suffit de blocker l’écoulement pour que la nature se charge elle-même de faire le plein.
C’est ainsi que le département a décidé de faire l’acquisition d’une ancienne carrière de kaolin (argile blanche utilisée surtout pour la porcelaine) située à Berrien, dans les Monts d’Arrée, à une quinzaine de kilomètres du site qui avait été naguère envisagé pour le barrage de Lemezec. Un million de M3 pourront y être stockés, d’ici trois ou quatre ans. On est encore loin des retenues d’eau du Drennec ( 8 millions de M3) qui alimente toute la région brestoise ou du lac de Brennilis (12 millions) qui irrigue une grande partie du département. Mais la future retenue de Berrien ne constitue qu’une première étape. Le département a des vues sur plusieurs autres carrières qui pourraient faire monter le total des eaux ainsi stockées à 6 millions de M3. La prochaine acquisition devrait se faire dans le sud-Finistère.