Olise, Féry et la tapisserie de Bayeux…
La célèbre Tapisserie de Bayeux a mis dix siècles à retraverser la Manche. Car si cette œuvre unique au monde est depuis un millénaire de ce côté-ci du Channel, les spécialistes s’accordent aujourd’hui à penser qu’elle a été vraisemblablement tissée en Angleterre dans des ateliers anglo-saxons réputés à l’époque pour la qualité de leur ouvrage. Longtemps contestée, cette version ne fait plus de doute aujourd’hui.
C’est donc avec une grande émotion et une fierté légitime que les Anglais accueillent cet ouvrage de 70 metrres de long, contant, telle une bande dessinée géante, la conquête de l’Angleterre et la célèbre bataille d’Hastings (1066) qui fut décisive pour l’attribution de la couronne au Normand Guillaume le Conquérant. Il aura fallu des mois de préparation pour rouler et emballer cette œuvre d’une telle fragilité que des voix s’étaient élevées pour s’opposer à ce transfert vers le British Museum de Londres où elle sera exposée pendant un an. Elle ne serra pas présentée à la verticale, comme à Bayeux, mais à l’horizontale et les visiteurs pourront l’admirer de quelques mètres de hauteur. Ce qui ne devrait pas nuire à la lisibilité de cette histoire illustrée qui révèle de très précieux éléments sur l’époque, qu’il s’agisse des habits, des vaisseaux, des armes et de tous les accessoires qui accompagnaient une conquête armée.
On le sait, c’est Emmanuel Macron qui a lui-même autorisé ce prêt pour accompagner les efforts de rapprochement des deux pays après la longue bouderie du Brexit. Lui et le Premier ministre Ken Starmer ont multiplié les gestes d’amitié, comme au temps lointain de l’Entente cordiale. Il est vrai que l’actualité renversante de ces derniers mois, entre les injonctions de Trump et les guerres d’Ukraine et du Moyen-Orient, ont mis en évidence la nécessité de faire œuvre commune.
Clin d’œil du hasard, cette tapisserie symbole de rapprochement arrive au bon moment puisque le sport de haut niveau y met du sien, lui aussi, pour consacrer cette proximité entre les deux pays. Le footballeur Michael Olise (prononcez maïkel olizé) qui est né à Londres de mère franco-algérienne, porte les couleurs de la France au Mondial. Et le tennisman Arthur Fery, né à Sèvres (Hauts-de-Seine) et fils du propriétaire du FC Lorient, Luc Féry, marié à une Anglaise , portait les couleurs du Royaume Uni à Wimbledon où il vent de réussir une performance époustouflante en atteignant les demi-finales alors qu’il était encore quasi-inconnu.
Il ne reste plus qu’à espérer maintenant que Andy Burnham, le probable successeur de Keir Starmer au 10, Downing Street, se montre aussi conciliant envers la France que son prédécesseur. Et qu’il ne menace pas de garder la tapisserie, comme ces pays jadis colonisés qui réclament les grandes œuvres de leur histoire emportées par leurs lointains colonisateurs…