Le RN peut-il se permettre de renverser le gouvernement ?
En politique, il n’y a plus de pause estivale. Surtout depuis que la dissolution foutraque de 2024 a renversé un échiquier politique dont les pions ont été remis en place un peu n’importe comment. C’est le bazar. Avec l’instabilité que nous traversons, même l’été est donc une période active avec un morne devoir de vacances : le budget 2027.
En début d’année, on savait déjà qu’il serait compliqué à élaborer. Avec la guerre du Moyen-Orient qui nous est depuis tombée dessus, on craint maintenant le pire pour Sébastien Lecornu. Et bien sûr la question se pose : comme pour Barnier et Bayrou, le RN va-t-il additionner ses voix à celles de la gauche pour faire tomber le gouvernement Lecornu ? Marine Le Pen a son sort entre les mains car si elle s’abstient, le budget et le gouvernement peuvent passer. Si elle s’allie à la gauche, c’est à la trappe, qu’ils passent.
Une balle dans le pied
Mais la cheffe du RN peut-elle vraiment se permettre, à quelques mois de la présidentielle, de mettre à nouveau le pays dans la panade ? Peut-elle, après sa lourde condamnation en justice, s’avancer avec le couteau entre les dents quand toute l’Europe aura l’œil fixé sur cette France qui a le don de s’automutiler en permanence ? Elle qui veut se donner une stature de chef d’État, peut elle se permettre de se draper en une Machiavel au féminin, lestée qui plus est de son virtuel bracelet électronique ? Le spectre d’une France sans gouvernement au seuil de la présidentielle devrait la faire réfléchir.
Et ne serait-ce pas aussi se tirer une balle dans le pied que d’aggraver encore plus la situation économique et financière du pays ? Et d’inciter les agences de notation à nous sanctionner plus encore et donc à alourdir le poids des intérêts de notre dette ? Ce serait folie de mettre encore plus le pays dans le pétrin alors qu’elle est la favorite pour l’Elysée et qu’elle devrait, en cas de succès, gérer une situation financière explosive qu’elle aurait elle-même créée ?
Et l’intérêt du pays ?
Le bon sens voudrait qu’elle fasse l’inverse de tout cela. Qu’elle se range plutôt aux côtés de Sébastien Lecornu pour aider à élaborer un budget de transition qui tienne la route. Sans grands engagements mais sans grands renoncements, pour permettre au pays d’éviter d’entrer en 2027 comme sur un champ de mines. Elle a là l’occasion de montrer qu’elle a le sens de l’intérêt du pays et une stature de futur chef d’État. Si elle choisit l’autre voie, elle arrivera à cette échéance cruciale en n’ayant exercé qu’un seul pouvoir : le pouvoir de nuisance.