La Bretagne, grand arrosoir, petit réservoir.

L’eau est à la Bretagne ce que les impôts sont à la France. Il en tombe beaucoup mais il n’en reste pas grand-chose. Dans un cas comme dans l’autre, tout dégouline. Ou presque. Et en ces temps de sécheresse hexagonale, la Bretagne figure donc parmi les régions les plus impactées par le manque d’eau alors que pendant toute la mauvaise saison, il est tombé des cordes.

Le constat est particulièrement manifeste à la pointe bretonne où la nature des sols s’est montrée chiche à laisser des espaces souterrains pour des retenues d’eau. Le granit, c’est lourd, et au temps des grands bouleversements terrestres, il a meublé presque tous les espaces du sous-sol, ne laissant que de rares poches d’air.

Arrosée mais desséchée

C’est lors de la grande sécheresse de 1976 que la France a découvert pour la premlière fois cet étonnant paradoxe breton, région la plus arrosée du pays mais très sensible au dessèchement par manque de grands réservoirs d’eau.

Pour en avoir le cœur net, il suffit de faire des comparaisons en alignant les chiffres. La plus grande réserve d’eau en Bretagne, c’est le lac de Guerlédan (notre photo) retenue artificielle créée il y a tout juste un siècle pour l’installation d’un barrage hydroélectrique. En ce temps-là, la Fée électricité avait beaucoup de retard à l’allumage et ce barrage fut décisif pour l’avancée vers la pointe bretonne. Situé entre le Morbihan et les Côtes-d’Armor, il stocke 55 millions de M3 d’eau à son niveau maximum. Plus à l’ouest, la principale retenue d’eau du Finistère, c’est le réservoir de Saint-Michel, appelé également lac de Brennilis, aménagé lui aussi il y a presque un siècle pour faire tourner l’usine hydroélectrique de Saint-Herbot. Sa contenance : 12 millions de M3.

Par comparaison, prenons le lac d’Annecy, considéré comme ayant l’eau la plus propre du pays. Sa contenance : un milliard de M3. Autrement dit, il représente presque ving fois le lac de Guerlédan et ses 55 millions de M3. Les risques de rupture d’alimentation en eau sont bien moins élevés là bas.

Mais la comparaison la plus vertigineuse, c’est lorsqu’on met les réservoirs bretons face aux plus grandes nappes phréatiques du pays, autrement dit les réserves souterraines les plus volumineuses. Dans le bassin parisien, la nappe dite de Beauce est à cheval sur plusieurs départements du Centre Val-de-Loire et de l’Ile-de-France. Sur un axe nord-sud, elle est longue de plus de 130 kilomètres, autrement dit la distance à vol d’oiseau entre Saint-Malo et Lorient, sur le même axe nord-sud. En moyenne elle fait environ 10 mètres de hauteur mais dans certains parties, elle totalise 200 mètres de haut, nichée dans des couches de calcaires qui ont ménagé de très grands espaces souterrains contrairement aux roches dures de Bretagne.

Et sa contenance est astronomique : 20 milliards de M3 ! Soit à peu près 1800 lacs de Brennilis. Ou près de 400 lacs de Guerlédan et ses 55 millions de m3. C’est à la lumière de ces comparaisons qu’on prend conscience que la  Bretagne, c’est un immense arrosoir au dessus d’un tout un petit réservoir. La région a donc un grand besoin de ses eaux de surface quand vient l’été. Et s’il ne pleut pas, c’est vraiment la cata !

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