Canicule. La forteresse va-t-elle enfin tomber ?
Ce n’est plus un anticyclone, c’est une forteresse. Le mur de l’Atlantique. Depuis des semaines et des semaines, pas une goutte de pluie en Bretagne derrière ces hauts murs que la nature semble avoir dressés pour empêcher les basses pressions de venir jusqu’à nous. Et, simultanément, pour retenir les hautes chaleurs venant de l’Afrique du nord. D’un côté, cette citadelle empêche les perturbations de rentrer, de l’autre elle empêche les remontées sahariennes de sortir, installant cette fournaise dont on n’avait jamais connu un tel concentré d’intensité et de durée.
Et pourtant, sur les écrans radars, on les voit ces systèmes dépressionnaires à l’avant des Açores. Certains sont chargés d’eau et leur trajectoire semble les mener droit vers la Bretagne. On se dit que cette fois ça va passer. Et non, au large de Brest ils semblent renoncer à aller plus loin, abandonnant toutes leurs promesses face au mur de hautes pressions dressées devant eux. Le même scénario depuis des semaines. Des colonnes d’eau semblent être sur le bon chemin mais renoncent devant l’obstacle, ne réussissant à faire passer que quelques légers nuages gris qui n’ont même pas la décence de crever. Et en même temps, par le sud, nous remontent donc, en haute altitude, ces chaleurs d’Afrique qui viennent s’enfermer dans cette citadelle caniculaire comme le homard dans le casier. En donnant à des millions de continentaux l’impression de passer les journées dans un four à pizza. Merci bien.
Mais cette fois, ça semble venir. La citadelle commence à vaciller et des colonnes d’orages en ont profité pour entrer dans le sud-ouest du pays, celui qui a le plus souffert des incendies. Hélas, face à l’océan, le bastion armoricain de la canicule résiste encore. Rien ne passe. Des orages bienfaiteurs éclatent plus au nord, plus au sud et même en Ille-et-Vilaine, comme un pied de nez à la pointe bretonne, cette péninsule qui s’avance dans la mer. Elle ne reçoit toujours rien, au grand désespoir de ses agriculteurs qui vont finir par s’arracher les cheveux tant la Bretagne affiche-là son paradoxal statut de grand arrosoir mais petit réservoir. Dans le temps, il y a déjà un moment que nos aïeux auraient monté des processions dans tout le pays breton. En ultime recours, va-t-on devoir nous y mettre, nous aussi ?