Le double jackpot de Total
Qu’une entreprise française obtienne les meilleurs résultats financiers de la planète dans son secteur devrait être flatteur. Mais quand il s’agit de Total réalisant la plus forte progression devant toutes les majors pétrolières du monde, cela génère dans notre pays plus de rejet que de satisfaction. Car non seulement le groupe touche le jackpot avec la flambée du cours du pétrole mais en prime, il a réalisé un énorme coup sur les marchés en anticipant le conflit par l’achat de nombreuses cargaisons disponibles à faibles coûts avant le déclenchement des hostilités. Ce qui lui a procuré, là aussi, un énorme jackpot. Dans les pays anglo-saxons, on saluerait le génie des opérateurs qui ont eu autant de flair. Chez nous, on a plutôt tendance à les blâmer en hurlant à la spéculation alors qu’aux Etats Unis ou au Royaume Uni, on parlerait plutôt de géniale intuition. Deux cultures économiques très différentes.
Ces doubles rentrées ont déclenché à gauche un légitime appel à une taxe sur les super profits. Du côté du gouvernement comme de la droite, on se montre plus réticent pour une double raison. Taxer une entreprise française serait contre-productif si les autres compagnies mondiales y échappent, d’autant que Total réalise à l’étranger la quasi-totalité de son activité. Le groupe pourrait donc être tenté d’aller se faire coter à la bourse de New-York, comme il l’a plusieurs fois menacé. La solution, ce serait plutôt d’instituer une taxe européenne pour ne pas créer de distorsions de concurrence entre pays voisins.
Jeudi, le groupe a annoncé qu’il maintiendrait son blocage de prix jusqu’à la fin du conflit : essence à 1,99€, gazole à 2,25€.