Le pape en France. Tout, sauf le célibat des prêtres

Le pape Léon XIV est en grande forme physique ! Et il en fallait, de la ressource, pour boucler cet épuisant voyage de quatre jours en France où il aura fait preuve d’une présence rayonnante qui a irradié bien au-delà de la sphère chrétienne. Même des non-croyants, au fil de ce périple, ont témoigné d’un certain magnétisme au passage de ce pape, porté il est vrai par une ferveur puissante et très communicative.

Il ne sera pas ménagé une minute, semblant décidé à tout mettre sur la table, et notamment les sujets qui fâchent comme la fin de vie (« la tentation de donner la mort sous couvert de fausse compassion »), la pédocriminalité et les abus sexuels dans l’Église, la GPA ou le mariage pour tous, l’accueil des migrants et des exilés, la laïcité qui ne doit pas faire obstacle aux religions dans l’espace public… Mais il est allé aussi sur d’autres chemins bien moins habituels comme son discours sur la communauté européenne, vecteur de paix, ou l’intelligence artificielle, qui, elle, s’annonce moins pacifique. 

Il semblait décidé à vraiment tout aborder, sauf un sujet crucial et plus particulièrement sensible en France : le célibat des prêtres. Dans notre pays, le plus touché d’Europe par la crise des vocations, cette obligation contribue à accentuer la sécularisation de la société alors que ce célibat imposé ne relève pas du dogme de la foi mais d’une règle créée au Moyen-Age. Donner toute sa vie entière à l’Église, à cette époque où il y avait tant de vocations, tant d’attrait pour une voie qui vous assurait de ne pas mourir de faim, c’était une chose. Se sacrifier de nos jours alors que la vie est devenue nettement plus vivable, si on peut dire, c’est une tout autre chose.

En France, les chiffres sont d’une arithmétique brutale : moins de 100 ordinations de prêtres cette année pour 12.000 paroisses couvrant 35.000 communes. Ce sont aujourd’hui des laïcs qui assurent la vie de ces paroisses où l’on enregistre aussi la venue de nombreux prêtres d’Afrique noire, devenus missionnaires en notre pays dans une singulière inversion de l’Histoire.

Nombre de voix s’expriment, à intervalles réguliers, pour que cette règle du célibat retourne au Moyen Age qui fut le sien et que, comme chez les protestants ou les chrétiens orthodoxes, l’ordination d’hommes mariés devienne possible. Et bien entendu, l’ordination de femmes dont on mesure la place qu’elles pourraient prendre dans la vie des églises.

Cette question du célibat, dont les effets dévastateurs sont pourtant bien mesurables en France, ne faisait pas partie du voyage. Sans doute faut-il laisser du temps au temps à Léon XIV. Manifestement plus moderne que ses prédécesseurs, il semble avoir le profil pour être le premier à lancer, un jour, le grand débat sur cette mère des réformes, celle qu’il faudrait sans doute pour relancer une pratique religieuse en cours de perdition, du moins dans notre pays. Surtout au moment où tant de Français aspirent à plus de spiritualité dans ce monde en perte de repères.

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