Charles Josselin, c’était aussi une voix
Après l’annonce du décès de Charles Josselin, les hommages se multiplient en mémoire d’un homme politique majeur en Bretagne, de la lignée de Jean-Yves Le Drian et Louis Le Pensec, qui aura connu une carrière politique exceptionnelle après son coup d’éclat en 1973. Cette année-là, le jeune roseau socialiste fit tomber le vieux chêne, René Pleven, homme fort de la Bretagne, ministre gaulliste de la Justice et qui fut plusieurs fois président du Conseil sous la IVe République. Une entrée fracassante, début d’une longue carrière qui verra Charles Josselin maire de Pleslin-Trigavou, député, sénateur, président du Conseil départemental des Côtes-d’Armor et plusieurs fois ministre. Tous les médias régionaux décrivent par le détail un CV comme on n’en fait plus.
Les règles strictes sur la limitation des mandats ne permettent plus, désormais, de réaliser de tels parcours politiques. L’équité républicaine y gagne. Mais la disparition des grands barons laisse un certain vide entre les concitoyens et le pouvoir central dont on a pu mesurer les effets lors de certains événements, tel celui des gilets jaunes. Il aura de toute évidence manqué des interlocuteurs pour calmer le jeu sur le terrain et empêcher ce mouvement d’être totalement récupéré par les formations extrêmes aux visées subversives.
« Le Temps des cerises »
sur France-Inter
Mais Charles Josselin, c’était aussi une voix. Grave, un brin gutturale mais parfaitement arrondie, qui avait le don de tenir ses auditoires. Quand il prenait la parole à un micro, sa voix à elle seule faisait la moitié du travail. Elle était très harmonieuse à l’oreille et bien des amis savent qu’il avait une véritable voix de crooner. Il en fit la démonstration lors d’une émission du dimanche matin, sur France-Inter. Il chanta a capella « Le temps des cerises », son tube personnel qu’il interpréta souvent, y compris à l’étranger pour remercier ses hôtes. Ce matin-là, une foule d’auditeurs de France-Inter était tombée sous le charme.
Et cette voix chaleureuse fut pour beaucoup dans les relations qu’il eut avec ses opposants. Nombre d’entre eux reconnaissaient avoir eu avec lui des échanges cordiaux, malgré la distance politique. Cela aussi, devient rare de nos jours.